Réflexions d'un médecin bouddhiste à l'usage des soignants et des soignés

Le docteur Daniel Chevassut est médecin à l'hôpital Nord de Marseille où il a ouvert  une consultation de la Souffrance. Représentant de la Tradition bouddhiste au niveau des hôpitaux de l’Assistance Publique de Marseille, il publie ses réflexions sur la médecine, les soignants et les patients.

 

 

 

RÉFLEXIONS D’UN MÉDECIN BOUDDHISTE
À L’USAGE DES SOIGNANTS ET DES SOIGNÉS

Daniel Chevassut

 

Cet ouvrage d’une grande sensibilité, dans lequel le docteur Chevassut nous fait partager ses réflexions sur la médecine moderne et sur notre attitude face à la maladie et à la souffrance, est le fruit d’un parcours singulier. Médecin, praticien attaché des hôpitaux, créateur et responsable, depuis 1998, d’une consultation de la souffrance en milieu hospitalier, Daniel Chevassut est également pratiquant bouddhiste et représentant de cette tradition religieuse au sein de l’Assistance publique de Marseille. Cette double expérience l’a conduit à intervenir dans de nombreuses conférences et formations, notamment dans le cadre du diplôme de soins palliatifs du CHU de Rouen et dans l’enseignement « Médecine, éthique et droits de l’homme » sous l’égide du Conseil de l’Europe.

 

Dans ces pages riches de nombreuses références, il nous montre comment l’art médical et la quête bouddhique répondent à une même vocation qui concerne tous les êtres humains : prendre en considération la souffrance et trouver les moyens de la soulager. C’est ainsi que le cheminement spirituel sur la voie bouddhique – particulièrement grâce à la pratique de la méditation – favorise une approche de la médecine où la relation humaine et l’énergie compassionnelle redeviennent les éléments centraux qui revivifient le caractère sacré de l’acte thérapeutique.

 

Sans renier l’apport inestimable des techniques médicales modernes, le docteur Chevassut met en évidence les carences de notre système de santé dont souffrent tant le personnel soignant que les patients. S’adressant en priorité à tous ceux qui œuvrent dans le domaine de la santé, et plus largement à tous ceux qui sont concernés par ce sujet, il apporte de nombreuses propositions concrètes afin de promouvoir une médecine qui intègre les différentes dimensions de l’être humain.

 

  

 Préface

 

Du point de vue bouddhique, l’art médical n’est rien de moins qu’une révélation sacrée dans le monde des hommes, présentée de la manière suivante :

Celui qu’on appelle le Bouddha Médecin – qui, en essence, n’est pas différent du Bouddha Shakyamuni – apparut à un cercle de médecins, de sages, de dieux et de bodhisattvas rassemblés sur le mont Malaya, dans le sud de l’Inde, afin d’énoncer l’ensemble des principes de l’art médical. Pour ce faire, il créa deux émanations de lui-même, deux sages vêtus de blanc, afin qu’ils se livrent à un dialogue. Issu de son cœur, « Sagesse de la Science » vint prendre place dans l’espace, tandis que « Né de l’Esprit », issu de sa gorge, vint s’asseoir sur le sol, un genou en terre, les mains jointes. Le second posa les questions, le premier y répondit.

Le fruit de leur dialogue constitua, une fois consigné par écrit, ce qu’on appelle les Quatre Tantras de médecine, sur lesquels repose toute la médecine bouddhiste traditionnelle.

Cette histoire est typique d’une intervention du Bouddha, en ce sens qu’elle met en œuvre les deux qualités fondamentales de l’être éveillé : la compassion qui motive l’acte et l’omniscience qui le rend parfait.

Qu’on soit bouddhiste ou non, si l’on fait abstraction du cadre mythologique de ce récit, on est bien obligé d’admettre qu’il transmet une vérité universelle au moins en ce qui concerne la compassion. En effet, sans la volonté de soulager la souffrance, on ne voit guère comment l’art de soigner aurait vu le jour.

Du point de vue bouddhique, ce désir de supprimer la souffrance – qu’on l’appelle compassion, amour, bienveillance ou de tout autre nom – appartient en propre à notre nature éveillée, qu’elle s’exprime pleinement dans le cas d’un Bouddha, ou qu’elle soit freinée par bien des entraves dans notre cas. En ce sens, la médecine est nécessairement une science qui possède un certain caractère sacré.

De la notion de compassion, issue du sacré et associée à la médecine, on peut tirer deux conclusions.

La première est que les thérapeutes – qu’ils soient chefs de service ou simples aides-soignants –, s’ils n’ont pas besoin de posséder l’omniscience ni même une compassion sans limites pour refléter la splendeur éveillée de leur art, doivent au moins être motivés par un certain amour, faute de quoi ils se coupent de la simple raison d’être de leur activité.

La seconde est que les patients doivent comprendre que cette compassion et son expression médicale ne sont pas un droit qui leur est dû, mais un cadeau qui leur est offert.

Le thérapeute doit la bienveillance au malade ; le malade doit la reconnaissance au thérapeute.

Ce sont des notions de sens commun, sans doute admises par tout le monde dans l’abstrait, mais bien souvent compliquées par nos égoïsmes, des deux côtés du lit d’hôpital.

Dans ce contexte, le docteur Daniel Chevassut, qui est à la fois bouddhiste et médecin, nous livre des réflexions profondes, fondées sur sa double expérience, qui ne manqueront pas d’intéresser ceux qui sont concernés par le sujet, c’est-à-dire nous tous. Et nous l’en remercions.

 

Lama Cheuky Sèngué

 

PubliƩ le 05/03/2008