Développer l'accès des enfants handicapés aux structures d'accueil

La plate-forme nationale Grandir Ensemble vient de publier son rapport consacré au développement de l'accès des enfants handicapés aux structures d'accueil collectif de la petite enfance, de loisirs ou de vacances, dès le plus jeune âge. 

         

Cette étude nationale a été réalisée de janvier à décembre 2008 sous la présidence de Charles Gardou, professeur des universités et membre de l'Obervatoire national sur la Formation, la Recherche et l'Innovation sur le handicap. Elle a été coordonnée par Laurent Thomas, directeur de la Fédération Loisirs Pluriels et porte-parole de la plate-forme nationale Grandir Ensemble.

Cette étude est, selon ses auteurs, une première en France "dans la mesure où cette question n’avait jamais été traitée d’une manière aussi vaste et exhaustive, prenant en compte l’ensemble des pathologies concernées, de la toute petite enfance jusqu’à l’âge adulte, s’attachant à analyser toutes les formes d’accueil existant, et prenant en compte cette question sous tous ses angles, y compris juridique."

Voici la préface de Charles Gardou


DESSILLER LES YEUX


Un renversement de point de vue, voilà ce que dessine et préconise cette étude nationale. Elle est la première, aussi ample, complète et précise, consacrée à une question indûment maintenue à la marge : l’accès des enfants en situation de handicap aux structures d’accueil collectif de la petite enfance, de loisirs ou de vacances.

Elle vient dessiller les yeux en montrant combien ces structures constituent, par essence et par excellence, des lieux de participation, de citoyenneté partagée, d’inclusion. Les enfants ne s’y trouvent pas soumis aux contraintes de la toise scolaire et de programmes brevetés, imposés, contrôlés. Ni pré‐requis, ni examen, ni concours. Ni tyrannie de la performance. Seulement des lieux conviviaux où ils peuvent se côtoyer et apprivoiser ainsi le maquis de la diversité humaine, ses discontinuités et son cortège de fragilités. Des lieux de fluidité sociale qui font droit à la singularité, autorisant chacun à apporter au bien commun sa biographie originale.

Les enfants y apprennent, en jouant, grandissant, vivant ensemble, à faire monde commun : à être avec pour devenir ensemble.

Il serait naturel d’autoriser tout enfant, handicapé ou non, à vivre son enfance et son adolescence parmi les autres.

Il y a discrimination lorsqu’on lui interdit de profiter, comme les autres, d’activités dont certains se pensent propriétaires.

Ses parents, confrontés aux exigences de chaque jour, à l’incertitude du lendemain et jamais pleinement libérés de leur tourment, désirent bénéficier, eux aussi, des mêmes droits fondamentaux et des mêmes services que les autres. Sans culpabilité. Sans avoir à expliquer, à se justifier, à convaincre. Sans ressentir la pénible impression d’être jugé, d’importuner. De supplier. De mendier.

Or, ils ont souvent le sentiment d’être invités, par messages plus ou moins directement délivrés, à « aller se faire voir ailleurs », alors qu’il n’existe pas d’ailleurs. Il faut qu’ils se battent sur tous les fronts et, quand ils ont fait tout leur possible, ils doivent tenter encore l’impossible.

Il serait naturel d’entendre leur besoin d’aide pour faire face, pour concilier l’accompagnement quotidien de leur enfant, leur vie familiale et leur activité professionnelle.

Il y a discrimination quand l’offre d’accueil se révèle jusqu’à 5 fois inférieure à la réalité de la demande parentale.

Les possibilités de garde réduites, la fragmentation des dispositifs, la discontinuité entre projet de scolarisation et accueil péri et extrascolaire, la complexité de la gestion des temps de congés augmentent leur difficulté à préserver un espace de liberté personnelle et amplifient leur angoisse pour leur enfant. Ils ne veulent plus avoir peur pour lui. Aussi espèrent‐ils des structures accessibles, dotées d’un encadrement « à la hauteur », d’un projet éducatif de qualité et d’un personnel formé, compétent.

Il est naturel que les parents désirent des professionnels qualifiés pour répondre aux besoins spécifiques de leur enfant.

Il y a discrimination lorsqu’on néglige la formation, prétextant que la tolérance, le dévouement ou la vocation y suffisent.

Ainsi cette étude, conduite durant près de deux ans par la Plate‐forme nationale Grandir Ensemble, à l’initiative de la Fédération Loisirs Pluriel, dresse un état des lieux rigoureux et propose des voies de transformation des pratiques et des politiques publiques.

Pour peu qu’ils souhaitent relever le défi sous‐tendu, ceux qui exercent une responsabilité dans la vie de la cité ne pourront ignorer les 15 propositions formulées.

Parce qu’il serait naturel de ne priver aucun enfant de son droit d’accès à l’ensemble des biens sociaux ‐ éducation, travail, culture, sport, lieux d’accueil, de loisirs ou de vacances qui ne sont l’exclusivité de personne.

Parce qu’il y a discrimination à accepter que les « bien‐portants » considèrent ce patrimoine commun comme leur privilège exclusif.

Parce que « le monde, dans ses grandes lignes comme dans ses moindres détails, disait Hannah Arendt, serait irrémédiablement livré à l’action destructrice du temps, sans l’intervention d’êtres humains décidés à modifier le cours des choses et à créer du neuf ».

Lire la suite de l'étude


 

Publié le 30/06/2009