Entretien avec Geneviève Galibert

Geneviève Galibert est orthophoniste et sophrologue. Elle évoque ici la sophrologie pour accompagner les petits et les grands.

 

 Merci de vous présenter en quelques lignes

Je m’appelle Geneviève Galibert je suis orthophoniste en libéral depuis 22 ans ; j’ai souhaité compléter ma pratique par une technique de médiation corporelle, la sophrologie.



Pourquoi avez-vous choisi ces métiers ?

L’orthophonie est un rêve d’enfant qui s’est réalisé !

J’ai découvert la sophrologie en 1992 à travers un premier stage de sensibilisation qui m’a personnellement énormément apporté, puis j’ai pratiqué régulièrement jusqu’à être en mesure d’utiliser cette discipline en tant qu’outil. Ces deux métiers ont comme point commun d’être à la fois très techniques et de favoriser une écoute attentive, ils s’adressent tous deux à tous les âges de la population et visent à renforcer sa propre autonomie.

 

Pourquoi menez-vous ces deux activités en parallèle ?

Certains domaines de l’orthophonie sont corrélés à des tensions corporelles (dysphonie, bégaiement), tandis que certains problèmes développementaux chez les enfants peuvent provoquer des doutes et mésestimes.

Par ailleurs certains patients ayant connu des problèmes avec le langage écrit souhaitent quelquefois renforcer leur concentration et leur confiance au travers d’exercices spécifiques de préparation aux examens.



Qu'est-ce la sophrologie et à qui s'adresse-t-elle ?

La définition étymologique vient du grec ancien : SOS (paix, harmonie) PHREN (esprit, conscience, cerveau) LOGOS (discours science étude)

La sophrologie peut être définie selon divers angles selon ce que l’on attend ou selon sa propre progression : c’est une science de la conscience humaine, un art, une discipline, une philosophie qui nous accompagne au quotidien.

Plus prosaïquement c’est une technique de gestion du stress qui s’adresse à tous ceux qui souhaitent à un moment donné dominer leurs réactions émotionnelles. Les meilleures indications des techniques sophrologiques sont certainement les maladies psychosomatiques et l’anxiété.



Comment se déroule une séance de sophorologie ?

Une séance est assez structurée : il s’agit tout d’abord d’accéder à un certain niveau de calme afin de freiner l’activité excessive de l’hypermental, puis de procéder à quelques exercices dynamiques visant à ressentir encore davantage le corps présent, enfin, le niveau de conscience ainsi préparé, des propositions sont faites autour d’évocations mentales visant à renforcer notre vision objective du monde dans lequel nous évoluons.

Tout au long de la séance la voix du thérapeute guide la progression : il s’agit d’une forme verbale douce et harmonieuse qui favorise le calme et la perception.

En parallèle un entraînement personnel est souhaitable afin de maintenir les acquis obtenus lors d’une séance et d’accéder progressivement à son autonomie.



Quels sont les bienfaits de la sophrologie ?

La pratique régulière de la sophrologie permet de rétablir un équilibre interne : en amenant le corps à un certain niveau de calme et de relâchement on apaise l’activité du système sympathique tandis que l’on sollicite l’activité parasympathique.

Les muscles se détendent, la circulation sanguine s’améliore, la respiration se relâche : la perception de ces phénomènes corporels nous amène à ressentir l’instant présent.

De fait non seulement les bienfaits corporels sont immédiats, mais on développe notre concentration, notre présence à l’instant.

Cet apaisement et cette présence nous permettent d’être de plus en plus objectif, c’est à dire moins en réaction avec notre entourage : nous gérons mieux nos émotions.



Vous recevez aussi des enfants, pourquoi viennent-ils vous voir et quel travail faites-vous avec eux ?

La sophrologie avec les enfants demande leur pleine et entière acceptation ; lorsque certains ont suffisamment compris et accepté nous pouvons aborder des exercices visant à les accompagner dans la gestion de leurs émotions.

Diverses demandes peuvent alors apparaître : les peurs scolaires et notamment les passages au collège, les difficultés relationnelles, les peurs nocturnes, la timidité.

Certains enfants comprennent très vite l’intérêt de la sophrologie pour soulager des douleurs liées au stress (maux de ventre..).

De manière générale il est intéressant d’apprendre aux enfants à connaître et gérer très tôt leur fonctionnement interne : ils sont encore plus à même que nous d’utiliser le « lâcher prise » dans certaines situations.



Vous accompagnez également des mamans durant leur grossesse. Comment utilisez-vous la sophrologie avec elles et pourquoi cette technique peut-elle être bénéfique lors de l'accouchement ? Le papa assiste-t-il à ces séances ?

L’accompagnement sophrologique pendant la grossesse est particulièrement indiqué afin de « vivre » sa maternité, c’est à dire préparer à la fois son corps et son mental non seulement aux modifications liées à la grossesse mais aussi aux nouveautés qui se préparent : même si nous nous accordons à penser que l’arrivée d’un enfant est une des plus belles choses que la vie nous offre, nous ne sommes pas tous égaux face à la gestion des émotions en jeu. La vie ne sera plus la même est cela peut être particulièrement bouleversant, d’autant que cela peut réveiller nos propres histoires personnelles.

Il est donc particulièrement intéressant de préparer et détendre le corps, accompagner les modifications du schéma corporel afin de soulager les diverses tensions musculaires, prendre conscience de sa respiration.

Par ailleurs s’imprégner d’images positives, programmer les changements à venir et surtout communiquer avec son bébé sont non seulement des expériences extraordinaires mais aussi des moyens très concrets pour apprendre à se sentir mère et comme par hasard les bébés dits « sophros » sont bien souvent beaucoup plus sereins que la moyenne, déjà imprégnés du calme de la maman.

Même si la sophrologie est donc plutôt une prise en charge de la maternité, elle conditionne effectivement beaucoup l’accouchement : une mère sereine et qui a appris à gérer sa respiration affrontera plus positivement les douleurs des contractions et s’adaptera plus facilement aux conditions du moment.

Les pères peuvent également assister aux séances, il est toujours bénéfique de savoir se détendre, voire de prendre le relai si la maman se sent débordée lors du travail ; plus émotionnellement le papa peut par cette technique partagée se sentir plus proche de ces merveilleux moments, plus impliqué dans la communication avec le bébé, plus pleinement présent.



Que souhaitez-vous transmettre aux personnes que vous accompagnez ?

Il est toujours fabuleux de pouvoir transmettre des techniques permettant d’atteindre un mieux être en parfaite autonomie ; ce sont les prises de conscience liées à cet art qui nous guident vers une meilleure estime de soi et des autres, une meilleure appréciation du monde environnant et de notre juste place, place à partir de laquelle notre vision de la vie redevient plus objective.



Les personnes que vous écoutez sont dans le mal-être, où trouvez-vous des ressources pour vous-même et pour accompagner tous ceux que vous rencontrez ?

La sophrologie est dite vivantielle, c’est à dire qu’elle se définit comme une expérience à vivre au quotidien, un art à répéter inlassablement, une philosophie du positif qui teinte toutes nos visions ; dans ces conditions le fonctionnement corporel est soulagé (moins de tensions, un système immunitaire fonctionnant plutôt mieux..) le fonctionnement mental est porté par les « belles choses », sans cesse émerveillé.

Attention cependant : toute personne sophrologue ou pas reste toujours menacée par une tendance naturelle à voir les choses « en noir », d’où l’intérêt d’une pratique régulière autonome ; ainsi peut-on décider d’actionner ses propres « manettes » positives ou de subir les événements extérieurs.



Quelles leçons tirez-vous de votre expérience professionnelle et de toutes vos rencontres avec vos patients ?

L’un des constats que l’on peut faire au quotidien est que plus on apprend plus on se rend compte que nous sommes loin encore sur le chemin de la connaissance ! ! Mais cela reste un plaisir sans cesse renouvelé que de rencontrer des personnes en adoptant un regard à la fois plus expérimenté de jour en jour et néanmoins neuf. Ainsi se laisse-t'on guider par le patient lui-même au travers de ses remarques, de ses vécus et de ses attentes de façon à nous harmoniser au mieux avec sa réalité. Chaque personne est donc avant tout une rencontre, c’est pourquoi en sophrologie le terme « patient » n’est pas utilisé.



La sophrologie demeure une pratique confidentielle en France. Que voudriez-vous suggérer pour qu'elle soit connue et reconnue ?

La sophrologie est une science encore très jeune, peu connue et quelquefois détournée de ses principes initiaux : elle a été mise au point en 1960 par un neuropsychiatre, le Pr Alfonso Caycedo qui a crée une technique innovante, à la rencontre de données neurologiques et de connaissances ancestrales de médecine orientale ; il a ainsi adapté pour les occidentaux des principes déjà usuels pour les cultures orientales destinés à soulager des souffrances psychiques ou corporelles en dehors de tout dysfonctionnement mental.

La sophrologie caycédienne reste la technique de base la plus recommandée.

Je ne suggère rien de spécifique concernant la sophrologie, chacun peut à son rythme se tourner vers cette technique au moment qui lui sera le plus favorable, c’est justement cette démarche elle-même qui a en soi de la valeur.

Je recommande toutefois aux parents qui ont déjà eu une expérience sophrologique de fournir à leurs enfants une possibilité d’utiliser le plus tôt possible cet outil formidable de développement personnel à des périodes où la personnalité se construit : fournir ainsi une alternative à la pensée commune me paraît un beau cadeau !



Un cri du cœur, une suggestion, une citation ...

Peut-être tout simplement le principe sophrologique : « Que la conscience soit » !

Publié le 09/02/2011