Entretien avec Patrick Ribet

Patrick Ribet fait du développement personnel et reçoit parents et/ou enfants pour discuter avec eux de bien-être. Il nous livre ici son approche des adolescents et de leurs parents.

 

Merci de vous présenter en quelques lignes

Je m'appelle Patrick Ribet, j'ai 44 ans, je suis marié et j'ai la chance d'avoir 2 enfants, 2 filles. J'aime à dire que je ne suis pas un psy, mais que je fais du Développement Personnel, c'est à dire que je m'occupe du bien-être. J'en suis arrivé à cette définition, car à force de recevoir des gens à mon cabinet qui venaient tous me parler de leur mal-être, j'ai réalisé qu'il serait peut-être plus intéressant pour mes clients que je discute avec eux de la solution, plutôt que du problème. Comme cela semble plutôt bien marcher, je continue dans cette voie mais du coup cela a beaucoup changé ma façon de travailler. Pour tout dire, je crois que je suis devenu une grande pipelette, car j'aime partager ce que j'ai compris, les outils que j'ai appris, ce que m'ont expliqué mes clients. Je donne un maximum d’informations à mes clients, pour qu'ils puissent construire eux-même leurs solutions.



Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

C'est le fruit d'une longue recherche... A la base, j'ai une formation en électronique et en informatique. Après 5 ans de travail dans ce domaine, je rêvais d'autre chose, alors je me suis reconverti dans l'ébénisterie, pendant 5 ans encore. Puis une nouvelle reconversion, la qualité pour les entreprises, reconversion non achevée, car je me suis formé mais je n'ai pas pratiqué, je crois que je n'ai pas réussi à y mettre suffisamment d'intérêt. A la place, j'ai travaillé 4 ans avec des enfants autistes, dans un Institut Médico-Educatif (IME) et ces 4 années ont été pour moi d'une richesse extraordinaire. C'est grâce à cette expérience que j'ai fini par réaliser que j'étais fait pour travailler avec des êtres humains et non sur des ordinateurs ou des bouts de bois. Pendant cette période, je me suis formé à des techniques de thérapie brève, hypnose et programmation-neuro-linguistique, entre autre, puis après avoir travaillé sur moi, j'ai commencé à travailler avec des proches. L'idée d'en faire une profession m'est apparue, petit à petit...



Pourquoi avez-vous décidé de vous consacrer aux adolescents et à leur famille ?

Je ne choisis pas ma clientèle, c'est elle qui me choisit ! Il m'est agréable de recevoir un public le plus varié possible, je trouve cela plus stimulant. Les adolescents ne constituent qu'un petit pourcentage de ma clientèle, mais je vous avoue que c'est toujours un plaisir de parler avec eux. Ils sont en général entiers dans leurs réactions et ils sont sincères et spontanés. Les voir faire des prises de conscience qui vont leur permettre de réduire la durée et la portée de certaines de leurs erreurs est toujours très gratifiant.

Les adolescents viennent-ils spontanément vous voir ? Quelles sont leurs demandes ?

Les adolescents viennent rarement spontanément, en tout cas la première fois. Le plus souvent ils viennent parce que leur parents sont inquiets pour eux, mais ils n'ont pas forcément conscience de leur problème ou de leur besoin d'être aidé. Le plus souvent, c'est d'ailleurs les parents qui ont besoin d'être aidés, car ils perdent leurs repères devant un enfant devenu ado et commencent à paniquer, rendant ainsi la situation bien plus complexe que nécessaire.

Quand des parents veulent me présenter leur adolescent, je leur demande toujours s'ils ont l'accord de celui-ci, car il n'y a pas grand-chose à faire avec un ado qui vient contre son gré, il est en général braqué.

Du coup quand un ado m'est amené, je vérifie soigneusement ce point, et s'il s'est senti forcé, j'essaye de désamorcer son attitude, en lui proposant soit de nous laisser seul, ses parents et moi, soit puisqu'il est là de tenter l'expérience pour se faire un avis et de décider ensuite.

Par la suite, quand l'ado commence à comprendre que je ne suis pas là pour le contraindre ou le juger, mais pour l'aider à s'épanouir et à apaiser ses parents, il choisit souvent de revenir pour approfondir la discussion.

Quand un ado vient spontanément, c'est le plus souvent pour un problème de trac aux examens. Cela peut arriver aussi pour des problèmes plus sérieux, comme de se faire rejeter par un parent, suite à un divorce, par exemple, mais là on sort de la problématique classique de l'adolescent.



Certains parents voudraient encourager leur ado à consulter un psy mais leurs paroles sont parfois maladroites et l'ado leur rétorque "Mais j'vais bien ! Pas besoin !" Comment peuvent-ils leur proposer de rencontrer quelqu'un qui pourrait l'aider, sans le heurter ?

Comme je l'évoquais tout à l'heure, les parents ont tendance à projeter leurs craintes et leurs angoisses sur leurs enfants et du coup ils considèrent que ce sont eux qui ont des problèmes. En fait les ados, le plus souvent portent les problèmes de leurs parents.

Une approche intéressante pourrait consister à dire à l'ado « Écoute, il semblerait que nous ayons un problème dans notre relation. Peux-être y-a-t-il des choses que nous n'arrivons pas à comprendre sur toi, voudrais-tu nous aider à résoudre ce problème tous ensembles ? Si tu ne veux pas, nous irons consulter sans toi, mais ça sera peut-être plus difficile de comprendre ce qui se passe.»

Chacun doit prendre sa part de responsabilité, par cette approche, les parents sont prêts à prendre la leur et invitent leur ado à prendre la sienne, c'est une façon de lui tendre la perche et de lui proposer d'assumer la situation, comme un adulte, c'est beaucoup plus respectueux comme ça. De plus,en lui parlant ainsi, on laisse entendre à l'ado qu'il aurait peut-être plus à perdre qu'à gagner en évitant la consultation.

 

Vous côtoyez des adolescents en difficulté, voire en détresse, et vous recevez aussi des parents dans les mêmes situations. Quel accompagnement proposez-vous aux uns et aux autres ?

J'invite chacun à prendre sa vie en main... et à laisser l'autre en faire autant ! A chacun ses problèmes, si on les mélange tous ensemble, ce sera impossible à dénouer. Les parents doivent lâcher prise et cesser de chercher des solutions pour leurs ados, ils doivent se contenter de leur apporter un soutien et rester vigilant quant à la sécurité. C'est tout !

Les ados eux, doivent devenir responsables d'eux, c'est-à-dire qu'ils doivent apprendre à faire leur choix en estimant et en gérant leurs risques et en assumant leurs conséquences. Ils doivent aussi communiquer là-dessus avec leurs parents pour les rassurer. Plus un ado rassure ses parents sur sa capacité à gérer les risques, plus il aura la paix et l'autonomie. Ça marche beaucoup mieux que de taper du poing sur la table, ou de faire une fugue...



Beaucoup de parents sont très inquiets pour leurs ados. Ils craignent l'échec scolaire, le chômage, la dureté du monde professionnel, la tyrannie de la société de consommation, la drogue, l'abus d'alcool, etc. Que voudriez-vous leur dire ?

Ils ont raison ! Mais ce n'est pas en projetant leurs angoisses sur leurs ados qu'ils vont les aider à se préparer à ça... Les parents doivent comprendre qu'ils ne vivent pas dans le même monde que les ados, que leur regard sur le monde ne sera jamais celui de leurs enfants. Certes ils voient les difficultés, mais ils n'ont pas les moyens de trouver les solutions à la place des ados. Plus ils vont déraper de ce côté-là, plus ils vont infantiliser leurs ados, développer l'incompréhension, la surprotection, et l'autorité, creusant ainsi la distance avec eux. Les ados vont alors se sentir de plus en plus isolés et vont se précipiter encore plus vers ces problèmes...

Si les parents veulent aider leurs ados, ils feraient bien de remiser au placard leur autorité et veiller à développer dans le foyer familial une ambiance chaleureuse, garnie d'écoute et de tolérance, pour que l'ado puisse, quand il en ressent le besoin, se confier, faire part de ses doutes et de ses questionnements et avancer dans ses réflexions. Comme le disait Confucius, «L'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n'éclaire que le chemin parcouru.». On n'apprend que de nos expériences et certainement pas de celle de nos parents. Le rôle des parents doit se limiter à aider l'ado à réfléchir à son expérience et à ses choix, pas à décider pour lui.



Est-ce qu'il n'y a pas une limite à cette approche ?

Si, bien sûr ! Le Danger ! Si un ado se place dans une situation qui devient trop dangereuse pour lui et s'il ne comprend pas les signaux d'alertes de ses parents, alors là il est temps de ressortir l'autorité parentale et de ramener l'ado à la maison, par la peau des fesses, s'il le faut. Mais il ne faut agir ainsi qu'en dernière extrémité, car c'est un retour en arrière, on prive l'ado de son autonomie et on lui signifie qu'il a été incapable de se gérer, c'est blessant. En plus après une telle aventure, les parents ont du mal à redonner de l'autonomie car la confiance a été altérée. C'est dommage car c'est justement après un sauvetage que l'ado peut prendre du recul et constater qu'il n'a pas été si mûr que ce qu'il pensait. C'est à ce moment qu'on peut en profiter pour l'inciter à tirer la leçon de l'expérience.


Je vous donne un exemple. Un de mes clients, quand il était jeune, avait un père très sévère.

A 12 ans, lui et des copains se font embrigader par un cousin adolescent pour aller désosser pour son compte une voiture volée, abandonnée dans un lotissement.

Les voisins repèrent le manège et appellent la gendarmerie. En entendant les sirènes, les enfants se sauvent et mon client oublie sur place sa caisse à outils, sur laquelle sont inscrit son nom et son adresse !

Quand il arrive chez lui, les gendarmes sont déjà là et l'emmène au poste pour interrogatoire.

Au moment de sa relaxe, on lui propose de le ramener chez lui et il refuse, il préfère faire 12 kms à pieds, plutôt que d'être vu descendant d'une voiture de gendarmerie. Pendant tout le chemin il réfléchit à la raclée qu'il va se prendre de son père quand il va rentrer chez lui.

A son arrivée, sa famille est à table, son père le regarde d'un air sévère et lui dit  :

  • Tu es fier de toi ?

  • Non Papa...

  • Alors monte dans ta chambre !


Et c'est tout, ça s'est arrêté là.

De l’aveu de mon client, si son père l'avait « fracassé » au lieu de le responsabiliser, il aurait sûrement mal tourné...

Dans ce cas précis, il peut sembler que le père a été plutôt « léger », mais il n'a pas été indifférent, par son regard, le ton de sa voix et sa question, il a permis à son fils de prendre conscience de son erreur et de reprendre sa juste place. C'était en fait juste suffisant.



Que souhaiteriez-vous dire aux ados qui se sentent étouffés par la pression de leurs parents, de l'école et d'une société qui ne leur présente pas un avenir rassurant ?

Cette pression se manifeste sur plusieurs plans :


  • les valeurs à adopter pour construire sa vie et en particulier l'argent et la sécurité.

  • la dureté de la vie, il va falloir être performant, rentable, solide, il va falloir faire des efforts, des sacrifices.

  • l'incertitude de l'avenir, malgré tous les efforts et sacrifices consentis, rien n'est garanti.

D'une manière générale, j'ai envie de dire aux ados qu'ils ne sont pas obligés d'accepter la société telle qu'on la leur présente, mais qu'il ne leur faut pas non plus la fuir.

J'entends par là que les parents se mêlent de dire à leurs enfants comment ils doivent réussir leur vie, prendre un ticket pour espérer trouver un jour un bon emploi avec une bonne paye. Ce jour là, ce sont les parents qui seront heureux parce qu'ils pourront cesser de s'inquiéter pour leurs enfants, du moins, c'est ce qu'ils croient. Mais à quel prix ?


A propos des valeurs :

C'est aux ados de trouver leur vocation, d'y développer des compétences et de trouver ensuite un moyen de rentabiliser tout ça. Si l'argent, ou la sécurité matérielle passent en premier dans les critères de choix pour leur avenir, comment ces futurs adultes pourront-ils avoir l'impression de se réaliser dans leurs vies ?

Pour aller plus loin, on peut ne pas être d'accord avec les valeurs de notre société, tellement matérielle, mais refuser cette société, c'est s'en exclure, se marginaliser, s'isoler et aller vers la souffrance.

Si je refuse la société que l'on me présente, à moi de proposer mieux, de créer une alternative ou mes valeurs pourront mieux exister. En agissant ainsi, je commence déjà à me réaliser, j'améliore à ma petite échelle la société qui m'accueille, et je donne l'exemple d'un autre possible, qui donnera peut-être à d'autres, l'envie de m'imiter.

Pour changer un système, il vaut mieux le faire de l'intérieur...


A propos de la dureté de la vie :

Avant de baisser la tête et de se mettre à courir, le coureur vise son objectif...

Si on se construit une vie en pensant que pour la réussir, il faut faire des sacrifices, on va finir par se donner une vie de sacrifices et je ne vois pas où sera la réussite dans une vie comme celle là !!!

C'est une façon un peu rapide et limitée de se projeter dans l'avenir, c'est même une façon de faire qui va vite se révéler angoissante et génératrice de frustration.

Je ne dis pas qu'il faut sacrifier l'avenir au bénéfice du présent, loin de moi cette idée qui serait dangereuse, mais faire l'inverse serait encore pire. A force de se dire « Quand j'aurai ceci, quand j'arriverai à ça, je serai heureux... » on finit par rater sa vie car le bonheur, c'est ici et maintenant, et tout ce qui n'est pas pris aujourd'hui est perdu à jamais.

La vie est ce qu'elle est, ni dure ni douce, c'est à moi d'en faire quelque chose qui me correspond. Quand je commence à imaginer mon avenir, j'ai intérêt à y laisser une place pour le bien-être et pas seulement pour l'argent et les efforts !


A propos de l'incertitude du lendemain
:

Notre société bouge très vite et s'enfonce dans des crises à répétition, qui sait ce que l'avenir nous réserve, certes, mais d'un autre côté, regardons l'histoire humaine, ce n'est que succession de guerres, d'épidémies, de famines, de pauvreté et de catastrophes naturelles. Notre époque, bien que stressante, n'est sans doute pas la pire de toutes.

Il faut être flexible et opportuniste, il faut savoir rebondir. N'oubliez-pas que lors du crash boursier de 1929, des fortunes se sont défaites, mais d'autres se sont faites en même temps. Toute expérience est neutre, ni bonne ni mauvaise, c'est le sens que nous allons y mettre qui sera positif ou négatif et à ce niveau, il y a un espace pour le choix...

C'est l'histoire du fabriquant de chaussures qui envoie 2 commerciaux en Afrique. A peine débarqué, le premier appelle son patron, catastrophé :

  • « C'est terrible ! Ici ils ne savent même pas ce que c'est qu'une chaussure, c'est inutile de rester, je prends immédiatement mon billet de retour. »

Tandis que le second appelle son patron pour lui dire :

  • « C'est fantastique ! Ici le marché est encore vierge, il y a tout à faire et nous sommes les premiers ! »


Aucune des 2 façons de voir la situation n'est plus vraie que l'autre, mais je trouve quand même que la seconde offre plus d'opportunités de réussite.

Nos ados doivent comprendre, qu'ils ne peuvent pas choisir le monde dans lequel ils vont vivre, mais qu'ils peuvent choisir la façon dont ils vont vivre dans ce monde...



De nombreux ados souffrent de n'être considérés que comme des élèves par les profs, et parfois même par leurs parents, et de ne pas être reconnus comme des personnes à part entière ayant des talents et des aspirations. Le temps qu'ils consacrent à l'école est énorme, comment s'épanouir dans ces conditions ?

Effectivement, les profs et les parents en arrivent parfois à réduire un adolescent à ses notes ! Peut-être qu'une peur d'être un mauvais prof ou un mauvais parent est à l’origine de ces difficultés...

Le système scolaire est censé évaluer l'apprentissage de l'élève par des notes. Si l'élève n'a pas eu de bonnes notes, cela signifie que l'enseignement qui lui a été prodigué n'a pas su être assimilé par lui, soit par manque d'intérêt, soit parce que trop complexe. C'est alors au système éducatif de se remettre en question et de donner plus de temps, plus de ressources, et de motivation à l'élève.

A mon sens, une pédagogie de base devrait comprendre des outils comme le droit à l'erreur, le temps de l'erreur, des encouragements pour accompagner les erreurs, le tout encadré par une relation à la fois chaleureuse (intérêt sincère envers les élèves et leurs envies) et ferme (maintient du respect dans les 2 sens de la relation)

Alors que le plus souvent, en fait, on met l'élève en compétition avec les autres, on lui met la pression en lui disant que s'il n'a pas de bonnes notes, sa vie sera foutue et que la seule solution sera de travailler toujours plus !

Le fondamental que l'on oublie dans tout cela, c'est le bien-être. Plutôt que de lui dire qu'il va devoir en baver pour faire sa vie, pourquoi ne pas plutôt lui proposer de penser à la réussite de sa vie en terme de bien-être et non en terme d'argent, de pouvoir ou de sécurité :

  • Imagine quels sont les métiers qui te rendraient heureux, réfléchis aux valeurs que tu aimerai contacter dans ton futur métier.

  • Imagine comment tu pourrais gagner ta vie avec ces métiers et quel niveau de sécurité tu y trouverais.

  • Mesure les études nécessaires pour ces métiers, la quantité de travail à fournir pour y arriver.

  • Choisis le métier qui aura le meilleur compromis effort/plaisir/argent, le métier qui t'apportera un maximum avec le minimum d'effort..

  • Donne-toi les notes nécessaires pour arriver à faire ces études, tu n'as peut-être pas besoin d'être le premier de la classe.

  • Et puis ne sacrifie pas le présent pour l'avenir, aujourd'hui pour pouvoir investir durablement dans tes études, comment peux-tu mettre du plaisir dans ta vie, quelles activités de loisir as-tu envie de pratiquer, quelles personnes désires-tu fréquenter ? Tu vas avoir besoin de ce bien-être pour fournir les efforts nécessaires à ces études, c'est ton carburant alors ne le néglige pas !

  • Enfin, si un jour tu réalises que tu as pris une mauvaise direction pour tes études, rappelle-toi qu'il n'est jamais trop tard pour changer d'avis.


L'ado doit réaliser qu'il ferait mieux d'utiliser l'école pour ses besoins, plutôt que de la subir et que cette école, même si elle est un tremplin pour l'avenir, n'est qu'un moyen, pas une fin et qu'il doit lui donner une juste place dans sa vie. Pour cela, il vaut peut-être mieux qu'il s'écoute et se fasse confiance, plutôt que de se contenter de faire ce que lui disent ses proches, ou le personnel scolaire.

« Fais-toi confiance, choisis tes rêves et donne-toi les moyens de les réaliser ! » est un message sans doute plus intéressant que « fait des efforts ! »

 

Qui dit adolescence dit sexualité or ce sujet est très souvent tabou aussi bien à la maison qu'à l'école : comment évoquer ce sujet délicat avec ses enfants ? Où adultes et ados peuvent-ils trouver des ressources pour en parler ?

Si ça peut vous rassurer, ce sujet est aussi tabou dans mon cabinet ! Pas de mon fait, mais simplement parce que je n'ai jamais vu jusqu'ici un adolescent aborder ce sujet avec moi ! Ou alors, peut-être qu'ils n'ont pas de questions sur ce sujet...

Je doute que les parents soient les mieux placés pour en parler à leurs enfants, cela va inciter les ados à imaginer la sexualité de leurs géniteurs et ils n'en ont sans doute pas envie. En règle générale, le rôle des parents se cantonne à rappeler quelques précautions de base, le préservatif, et le respect de soi et de l'autre.

Maintenant, il y a une formidable ressource pour les ados, Internet avec ses forums et ses sites comme http://www.doctissimo.com/r ou http://www.educationsexuelle.com/ et certaines émissions radiophoniques, par exemple, mais en aucun cas cela ne préservera de l'expérience.

Bien sûr tous les sites et toutes les publications pornographiques sont aussi source d'information, mais cela représente un angle très particulier de la sexualité, qui ne saurait être conseillé à tout le monde et encore moins à des adolescents.

Engager un rapport sexuel avec une autre personne, c'est d'abord se retrouver nu devant soi et découvrir son propre corps dans une situation nouvelle. C'est un apprentissage qui, comme tous les apprentissages, commence par des balbutiements et des maladresses. C'est partir à la découverte et observer les réactions de notre corps afin de commencer à y mettre du sens. Il est toujours utile de me rappeler que jusqu'à preuve du contraire, mon corps fonctionne normalement, et que c'est à moi de le comprendre, sans essayer de le faire plier à ma volonté.

Un rapport sexuel, c'est aussi une rencontre avec l'autre, qui est si différent de moi. C'est découvrir également son corps à lui, sa sensualité, c'est aussi se montrer à l'autre. Une relation sexuelle, c'est s'écouter, écouter l'autre, se faire entendre, se donner, prendre et recevoir et tout ça dans la spontanéité de l'instant ! C'est un équilibre très délicat qui se construira avec l'expérience, là aussi il faut se donner le temps de grandir. S'offrir cela est à mes yeux beaucoup plus précieux que tous les conseils qu'on pourra prodiguer.



Quelles leçons tirez-vous de votre expérience professionnelle et de toutes vos rencontres avec les jeunes et leurs parents ?

Souvent la peur des parents les poussent à trop en faire et à précipiter le problème au lieu d'aider à le résorber..

Les ados cherchent à grandir mais en oubliant de montrer à leur parents comment ils sont en train de grandir.

Tout ceci crée un décalage qui peut parfois prendre des proportions dramatiques.

Il faut savoir changer de regard et d'attitude envers ceux que l'on connaît : un ado n'est plus un enfant et doit être traité différemment, le parent d'un ado a besoin d'être aidé par son ado et c'est nouveau.

Et dans toute cette pagaille, il ne faut jamais oublier que l'autre nous aime, quoi qu'il soit en train de faire !



Que souhaiteriez-vous pour améliorer la vie des adolescents dans notre société ?

Je souhaiterais pour eux une société qui permettrait à chacun de faire ses preuves et non pas de se faire juger sur sa capacité à passer des diplômes, une société où la valeur d'un homme n'est pas basée sur situation professionnelle

Plus de liberté et les pousser à l'initiative, leur montrer des façons optimistes plutôt que des problèmes, de la confiance, une école qui sort de la toute puissance.



Un cri du cœur, une suggestion, une citation …

Et pourquoi pas les trois ?

  • Soyez heureux et donnez l'exemple !

  • Prenez votre vie en main et ne laissez rien ni personne briser vos rêves, agissez en douceur mais ne perdez pas le cap, persistez, recommencez de façon différente si ça n'a pas marché mais accrochez-vous, faites du mieux possible, tout en prenant soin de vous, donnez-vous une vie dont vous pouvez être fier ! Tendez la main aux autres, mais n'essayez-pas de les sauver.

Et puis si ça ne marche vraiment pas, fixez-vous un nouvel objectif et recommencez, donnez-vous d'une autre façon, une vie dont vous pouvez être fier.

  • St Exupéry disait : « Il faut d'abord rêver sa vie, puis vivre ses rêves ».









Publié le 02/04/2011