Parler de la vie et de la mort au collège

Dans le cadre d'exposés intitulés "La révolte créatrice" et "Changer le monde", Caroline Chavelli a évoqué les thèmes de la vie et de la mort avec des élèves de 4e.

 

LES EXPOSES

En décembre 2008, Annie Gumilar, professeure de français au collège de Vinon-sur-Verdon (Var), m'a sollicitée pour intervenir dans sa classe de 4e, où elle a proposé à ses élèves deux sujets d'exposé : "Changer le monde" et "Les révoltes créatrices".

Voici le descriptif des exposés :

"1. Changer le monde.

Age de transition, l'adolescence est aussi celui des remises en question et de l'éveil de l'esprit critique. Mais critiquer sans proposer d'améliorations concrètes et réalistes est assez stérile. Voici donc trois sujets possibles pour développer l'argumentation :

Le collège de vos rêves:
Imaginez les transformations à apporter à votre collège sur le plan de la pédagogie, de l'emploi du temps, des activités pratiquées, de la décoration ... afin que ce lieu et ceux qui y travaillent puissent réaliser au mieux la mission éducative de l'école : former un futur citoyen libre et responsable.

Un monde meilleur : quelle société souhaitez-vous pour l'avenir ? :
Vaste question abordée en particulier par la science-fiction, dans, par exemple "Le meilleur des mondes" d'A. Huxley, roman au titre ironique, puisqu'il dépeint une société soumise à la dictature de la science. Interrogez-vous sur quelqu'uns des points suivants : l'environnement, l'habitat, l'économie, la répartition du travail, les transports, la santé, l'éducation, la communication, le commerce ... afin de dresser un tableau assez complet de "ce monde meilleur". Vous pouvez aussi choisir de ne développer qu'un de ces points, en mettant l'accent sur ses avantages par rapport au présent.

Un métier d'avenir :
Imaginez ce que vous pourrez améliorer grâce à votre engagement professionnel dans le monde de demain.


2. Révoltes créatrices

Documentez-vous sur un sujet d'actualité qui vous scandalise : l'esclavage moderne, l'exploitation de la forêt amazonienne, la fonte de la banquise et ses conséquences, le travail des enfants, ... et exposez ce que vous aurez appris sous forme d'un article de journal ou d'interview engagés. Pensez à utiliser le vocabulaire du jugement de valeur (modalisateurs) et des effets de style qui interpellent le lecteur (questions, exclamations ...)."


* * *

Dans ce cadre de ces exposés dont les probématiques s'avèrent pertinentes au regard de la sensibilité des adolescents, je suis allée rencontrer les élèves pour leur raconter mon expérience aux deux extrémités de la vie. Il y a quelques années, j'ai été bénévole dans un service de soins palliatifs à l'hôpital et animatrice d'éveil en crêche. Le matin, j'allais à l'hôpital rencontrer ceux qui quittent ce monde et l'après-midi, je me rendais auprès de ceux qui y commencent leur vie.

 

LA REVOLTE CREATRICE

J'ai expliqué aux élèves que c'est une révolte qui m'a amenée en soins palliatifs alors que j'ignorais tout de cet univers si ce n'est son existence et que comme la grande majorité des bien-portants, la maladie, la fin de vie et la mort ne m'attiraient aucunement. Suite à un événement familial, une grande colère contre l'incapacité des amis, et plus largement de la société, à affronter la maladie m'a décidée à m'engager en soins palliatifs. J'étais révoltée contre la solitude de la personne malade et celle de sa femme car les uns et les autres n'avaient pas le courage d'accepter le diagnostic de la maladie grave et préféraient l'ignorer pour "protéger" le couple et/ou les fuir ne sachant plus comment vivre leurs relations avec eux. Cet abandon m'a révoltée ainsi que le fait de devoir constater que la mort demeure un sujet tabou dans notre société.

 

CHANGER LE MONDE

A partir de mon expérience, nous avons évoqué le deuxième volet de leur exposé intitulé "Changer le monde." Je n'ai pas la prétention de changer le monde mais d'apporter ma goutte d'eau à l'océan de l'humanité. Les gouttes forment des vagues et les vagues soulèvent des océans. 

C'est ainsi que ma révolte s'est traduite par le devenir bénévole en soins palliatifs, la publication d'un livre, car je ne pouvais me taire devant tout ce que je voyais et j'entendais aux deux extrémités de la vie, et la création d'un site internet pour faire connaître des initiatives remarquables en matière d'accompagnement dont on parle peu.

Nous avons commenté les propositions de leurs exposés pour voir ensemble comment ils pouvaient changer le monde en s'investissant dans les domaines cités. En ce qui concerne l'intitulé "Le collège de vos rêves", les élèves ont réalisé que des jeunes de leur âge, atteints de maladies graves, suivent leur scolarité à l'hôpital. Cette situation nous a permis de confronter les rêves de collèges des uns et des autres. 

 

PARLER DE LA MORT ET DE LA VIE

Les adolescents ont été très sensibles à mon intervention ainsi qu'en ont témoigné le silence avec lequel ils ont écouté et la pertinence de leurs questions. Pourtant, la professeure m'avait prévenue qu'il s'agissait d'une classe difficile. De surcroît, ils savaient seulement qu'ils allaient rencontrer un auteur sans avoir été préparés aux thèmes que j'allais aborder. Loin de fuir le récit d'une expérience qui aborde des sujets cruciaux, ils ont écouté avec une attention soutenue. Puis les questions ont fusé. Il est à noter que celles-ci ont presque toutes porté sur la fin de la vie. C'est dire que les adolescents ont éludé la facilité et se sont concentrés sur des questions lourdes de sens.

Une fois encore, j'ai pu constater leur intérêt pour les questions existentielles et leur besoin de recevoir des réponses. Même partielles puisque je ne transmets que mon expérience et je ne prétends pas délivrer une vérité. Cet intérêt aigü que manifestent les adolescents s'explique par le fait qu'ils traversent une période de transformation et qu'ils poursuivent une quête identitaire. Mais pas seulement.  Il y a en eux une demande mais qui demeure silencieuse car ces questions demeurent taboues et elles sont généralement occultées aussi bien en famille, qu'en milieu scolaire et dans la société en général. Il y a là un besoin fondamental à combler ...

De la même façon, j'ai été frappée par la réaction des élèves lorsque j'ai abordé la partie "Changer le monde". Je suis convaincue que chacun d'entre eux, à sa manière, peut contribuer à rendre le monde meilleur. Ce postulat implique donc que chacun a des qualités et des talents et qu'en les exprimant, il peut changer les choses à condition d'y croire et de se donner les moyens d'y parvenir. Cette démarche implique un préalable fondamental, celui de la confiance en soi qui est rarement stimulée tant de la part des proches, que des enseignants. Ces encouragements ont déclenché des applaudissements. C'est dire le besoin des adolescents d'être écoutés, de leur donner la possibilité de s'exprimer, de croire en leurs rêves et de les accompagner s'ils le désirent.

Dénoncer la colère et la révolte dans un établissement scolaire où les élèves estiment subir de nombreuses contraintes, ne laisse pas les adolescents indifférents. De la même façon, la question des relations familiales a provoqué des remous dans l'auditoire.

Les revendications étaient donc palpables dans la salle. Grâce à la dynamique de révolte créatrice, illustrée par mon parcours, nous avons envisagé les moyens de rendre leurs colères créatrices plutôt que de se contenter d'incriminer les autres et de blâmer la société. La colère, utilisée de façon positive,  est un levier formidable pour faire valoir ses idées et agir.

Mon expérience me prouve que seule la créativité permet, à tous les âges de la vie, de donner sens à sa vie et d'exprimer ses émotions et ses aspirations. Sans une issue créatrice, la révolte devient destructrice et se referme comme un piège sur celui-ci qui la nourrit. La création, au contraire, valorise son auteur qui peut éprouver fierté et dignité. Nous touchons là un thème complexe, celui de la reconnaissance, sujet particulièrement sensible chez les adolescents, tiraillés entre le repli sur soi et la volonté d'affirmer son existence.

 

CONCLUSION

Grâce à ces sujets d'exposés, nous avons pu aborder des sujets sensibles tels que la maladie, la fin de vie, la mort, l'accompagnement, le sens de la vie, ses propres valeurs, la confiance en soi et la créativité. Chacun, en osant s'exprimer lors de cette rencontre et/ou en écoutant en silence, aura entendu ce dont il avait besoin, retiendra ce qui l'a marqué et le fil des mots continuera son chemin dans les esprits et dans les coeurs.

Les élèves ont manifesté leur enthousiasme à l'issue de cette rencontre et je remercie ici la professeure de m'avoir invitée à intervenir dans sa classe.


Caroline Chavelli

Pour toute demande d'intervention en milieu scolaire, associatif ou institutionnel,
merci de me contacter via ce site.

 

Publié le 01/02/2009