Entretien avec une famille d'accueil

Une assistante familiale, qui accueille à domicile des enfants que les services sociaux lui confient, nous explique son choix de vie.

Merci de vous présenter en quelques phrases

Je suis mariée et nous avons 3 filles de 11, 18 et 22 ans. Depuis 2 ans, nous sommes une famille d'accueil d'une petite fille de 3 ans et de son petit frère de 2 ans et demi. Auparavant, j'étais secrétaire puis j'ai arrêté pour me consacrer à des activités bénévoles comme le soutien scolaire. Avant d'être assistante familiale, j'ai travaillé pour une association en tant qu'auxiliaire de vie pour m'occuper de personnes âgée à leur domicile. J'ai dû arrêter car physiquement, c'était vraiment trop dur. J'aimerais beaucoup créer un foyer mais les démarches administratives me rebutent ! Qui sait, peut-être un jour …



Pourquoi avez-vous choisi de devenir famille d'accueil ?

Je n'ai pas fait ce choix seule. C'est une démarche familiale. Mes filles avaient alors 9,16 et 20 et puisqu'elles vivent avec nous, il fallait que mon mari et nos filles adhèrent complètement à mon souhait. Nous en avons parlé pendant des mois en évoquant toutes les situations possibles (bébés, ados, fratrie) avec le meilleur et le pire (passé douloureux avec séquelles psychologiques et comportements inhérents à ces souffrances). Nous savions que du jour au lendemain des inconnus allaient faire partie intégrante de la famille et bousculer notre mode de vie.

J'ai toujours voulu être famille d'accueil pour sortir des enfants de la panade. Mon mari et mes filles savaient donc qu'un jour à l'autre je le ferai. J'ai attendu qu'elles soient grandes pour être plus disponible. De manière générale, ce qui me motive c'est de faire du social et d'aider les autres mais sans les assister. Je veux apprendre à ces enfants à être responsables comme je le fais avec mes filles.


Qu'évoque pour vous le mot accompagnement ?

Tout part de l'amour. Sans amour, on n'est rien. Un enfant privé d'amour ne peut grandir et devenir un adulte épanoui. Le gâter matériellement ne suffit pas.
Dans notre groupe d'assistantes familiales, les histoires de la plupart prouvent que nous n'avons pas fait cette démarche par hasard. Beaucoup ont eu un passé douloureux, sans amour. Mais, heureusement, on n'a pas besoin d'en passer par là pour être capables d'accueillir et d'accompagner ces enfants. On a envie de leur offrir une famille affectueuse pour que ces enfants échappent à ce qu'ils ont connu avec leur famille.



Quelle forme l'accompagnement prend-il dans votre démarche quotidienne ?

L'accompagnement est à prendre au sens large dans tous les domaines de la vie. C'est une démarche quotidienne. Il s'agit d'être à l'écoute des enfants dans tout ce qu'ils font (un dessin, confectionner un gâteau, s'habiller, etc) et dans tout ce qu'il leur arrive. Nous les accompagnons pour qu'ils grandissent comme tous les enfants devraient grandir. Accompagner, c'est aussi donner un modèle, que ce soit moi, mon mari ou mes filles en qui les enfants peuvent trouver une personne de valeur.



Qu'est-ce qui vous motive chaque jour pour accomplir votre travail ?

La passion. Dans la vie, on ne peut rien faire de bien si on n'a pas la passion. Je ne suis pas mère Térèsa. Mais quand je serai vieille je pourrai me dire que j'ai fait quelque chose dans ma vie. Avant j'étais secrétaire et ça ne me rapportait qu'un salaire. En étant assistante familiale, je suis aussi salariée mais ça m'apporte énormément ! et tous les jours !
Il faut vraiment avoir la passion car ils font partie de la famille et on peut nous les confier jusqu'à leurs 21 ans.
En tant que professionnelle de l'accompagnement, vous devez éprouver le besoin d'être accompagnée : est-ce le cas ?
Oui. Tout d'abord j'ai suivi une formation. J'ai à mon écoute une assistante sociale et une psychologue à qui je peux téléphoner au moindre problème. Je peux aussi contacter une éducatrice. Nous avons 2 réunions par an avec les autres assistantes familiales et une visite à domicile par trimestre.



Où trouvez-vous des ressources pour être disponible aux enfants qui vous sont confiés ?

Dans le sport et la communication. Je parle énormément avec mes filles. Pendant que je fais du sport, je suis seule et je me défoule !



Que souhaitez-vous leur transmettre ?

La même chose qu'à mes filles : être bien dans sa peau, être bien intérieurement, se respecter soi pour respecter les autres. Si on s'apprécie soi, on apprécie les autres.



D'après vous, qu'est-ce qu'un individu épanoui ?

Nous venons d'y répondre.


Quels sont les moyens pour y parvenir ?

La communication ! C'est essentiel ! Il faut parler aux enfants. En leur parlant, ils apprennent qu'à leur tour ils peuvent venir nous parler de tout, que ce soit d'une réussite ou d'une bêtise. Moi je parle aux bébés, les tout-petits ressentent très bien le langage.



D'après vous qu'est-ce que les parents doivent transmettre à leurs enfants ?

Le respect de soi et aider les autres sans attendre de retour.



Devenus grands, que doivent-ils transmettre à leurs parents ?

D'une part, on ne sait pas tout, ils peuvent donc nous apprendre beaucoup de choses d'autre part, nous avons des points de vue différents sur la vie et nos deux générations peuvent éclairer les choses à la lumière de leur vécu.



Un livre, une musique, une citation, un film qui vous inspirent et que vous avez envie de nous suggérer

J'aime beaucoup Françoise Dolto. Je viens de voir le film " Alive " qui parle de musique, de danse et d'amour : de la vie quoi !



Le mot de la fin : un conseil, une réflexion, une devise, ...

Rejoignez-nous, il n'y a pas assez de familles d'accueil ! Je blague ! je dirais surtout : dans la vie, se donner les moyens de faire ce dont on a envie !

 

A lire : "Guide de l'accueil familial :familles d'accueil, intervenants, cadres et dispositifs, pratiques et cliniques"
ouvrage collectif, éditions Dunod
 

PubliƩ le 17/12/2004