Entretien avec Marianne Souquet

Entretien avec Marianne Souquet, médiatrice familiale...

Merci de vous présenter en quelques phrases
Je m’appelle Marianne Souquet, j’ai 55 ans, je suis mariée depuis 35 ans et suis mère de quatre enfants qui ont tous quitté la maison et habitent loin de chez nous.
Ma première profession était orthophoniste. Je l’ai exercée pendant deux ans, jusqu’au jour où notre vie nous a menés à l’étranger, aux Etats-Unis. Là, ne pouvant exercer ce métier, j’ai découvert de nombreuses autres façons d’accompagner les personnes et ai eu besoin d’apprendre encore et encore. Ainsi, au cours de nos différents séjours, en France et aux Etats-Unis, je suis devenue chercheur sur le sommeil, psychologue, éducateur de parents, astrologue, psychothérapeute et, enfin, médiatrice, notamment en matières familiale et scolaire.
De retour en France, il y a quelques années, nous avons créé, en Provence, avec deux autres collègues médiatrices familiales, une association, Résonances, dont l’objet est l’accompagnement des personnes en période de crise et de transition, avec comme principal accompagnement la médiation familiale, et aussi l’accès au droit, l’accompagnement individuel et familial et la formation. Je suis personnellement responsable du secteur formation qui, pour moi, est aussi une forme d’accompagnement.
Ainsi, tout au long de ma vie personnelle et professionnelle, l’accompagnement a toujours été central, et en tout premier lieu l’accompagnement de mon conjoint et mes enfants.

 

Pourquoi avez-vous choisi votre métier ?
Je répondrai plutôt à la question: comment avez-vous choisi votre métier? En effet, je crois que ce sont les circonstances, des signes que j’ai perçus, qui m’ont amenée naturellement au métier de médiatrice familiale et formatrice en médiation et gestion des conflits.
Pour ce qui est de la notion commune de l’accompagnement dans toutes les activités que j’ai pu exercer, je peux dire que le soutien aux personnes pour développer leurs compétences personnelles et relationnelles m’apporte une grande joie, quelle que soit la personne, quelle que soit la situation.
Pour la médiation familiale, il s’est trouvé qu’un de mes frères traversait un divorce difficile, que nous venions de repartir aux Etats-Unis et que j’avais décidé de consacrer plus de temps à nos quatre enfants quand j’ai lu dans un journal local un article dont le titre était: “Comment divorcer autrement: la Médiation Familiale”. J’ai été séduite par l’idée que les conflits puissent être apaisés et que les personnes puissent décider par elles-mêmes. J’ai immédiatement pris mon téléphone pour demander à la Directrice du Centre de Médiation Familiale qui était interviewée dans l’article si on formait à cette fonction. Le centre commençait une formation deux jours plus tard… quant à la formation, elle est devenue une évidence aussi quand je me suis sentie capable de transmettre.


Qu'évoque pour vous le mot accompagnement ?
Pour moi, accompagner c’est se tenir à côté, donner la main, soutenir, voire faire avec l’autre; ce n’est pas faire à la place de, remplacer, se substituer à l’autre.


Quelle forme l'accompagnement prend-il dans votre démarche professionnelle ?
L’accompagnement est le fil conducteur de ma démarche professionnelle, le leitmotiv, tant en médiation qu’en accompagnement individuel, qu’en formation. Il s’agit pour moi de croire que les personnes que j’accompagne sont compétentes dans ce qu’elles ont à accomplir et de créer un espace où elles se sentent suffisamment en sécurité pour accomplir la tâche qu’elles ont chosi d’accomplir.


Qu'est-ce qui vous motive chaque jour pour accomplir votre travail ?
C’est la joie d’avoir le privilège de voir grandir des personnes, d’ouvrir des portes aux possibles.


Où trouvez-vous les ressources pour écouter ce lot quotidien de souffrances?
Difficile question. Ca se présente comme une évidence pour moi; c’est le travail que j’ai à accomplir. Les ressources sont présentes dans la mesure où j’arrive à mener une vie équilibrée entre des temps pour moi, seule et avec ceux autour de moi, et des temps pour les autres. La méditation m’aide, je crois aussi, et l’amour des gens.


En tant que professionnel de l'accompagnement, vous devez éprouver le besoin d'être accompagnée : est-ce le cas ?
Oui, bien sûr. De façon informelle, en partageant avec des collègues des questions que je me pose, des difficultés que je rencontre. De façon formelle, dans des réunions d’analyse de la pratique qui nous permettent d’analyser notre travail et donc de l’objectiver, et avec la supervision.qui me permet de prendre conscience de mes propres résonances et d’avancer moi aussi dans mon grandissement.

 

Que souhaiteriez-vous transmettre aux personnes que vous rencontrez?
J’aimerais leur transmettre qu’elles sont capables de faire des choix, de mener à bien ce qu’elles ont choisi d’accomplir, qu’elles ont une responsabilité dans ce qui leur arrive, que le changement commence par soi-même et que c’est vouloir remuer une montagne que de vouloir changer l’autre.


D'après vous, qu'est-ce qu'un individu épanoui ?
Pour moi, un individu épanoui est quelqu’un qui a choisi d’être heureux plutôt que d’avoir raison et qui accepte ce qui lui arrive sans se laisser submerger par la peur, quelqu’un qui a atteint un équilibre entre lui et l’autre.

 

Quels sont les moyens pour y parvenir ?
Difficile de répondre car chacun a ses propres moyens et doit les découvrir. Cependant, il me semble qu’il est important de faire le ménage devant sa porte, de prendre conscience de ses peurs et de savoir s’entourer dans sa vie personnelles de personnes qui “accompagnent” ces transformations.


D'après vous qu'est-ce que les parents doivent transmettre à leurs enfants ?
L’amour de soi, l’amour de l’autre. Et c’est en le démontrant plutôt qu’en le parlant.


Devenus grands, que doivent-ils transmettre à leurs parents ?
Dès que les enfants naissent, si les parents peuvent abandonner l’idée qu’ils vont modeler leurs enfants, donc lâcher leurs peurs, la transmission commence; je ne saurais la définir…il s’agit tout simplement d’une leçon de vie.


Un livre, une musique, une citation, un film qui vous inspirent et que vous avez envie de nous suggérer.
“Cessez d’être gentils, soyez vrais” de Thomas d’Ansembourg.

 

Le mot de la fin : un conseil, une réflexion, une devise .
Je n’aime pas donner des conseils car j’estime qu’ils affaiblissent la personne.
Ma devise serait: “regarde autour de toi: toutes les réponses sont là”.
 

 

 

 

PubliƩ le 03/01/2005