Entretien avec Jean-Jacques Depassio

Jean-Jacques Depassio, créateur du Festival Lumière Blanche à Lyon, propose des films sur le vieillissement, les personnes âgées et les relations intergénérationnelles ...


 

Merci de vous présenter en quelques lignes

Jean-Jacques Depassio est gériatre et chef du Centre de Gérontologie de La Chaux (69).
Cinéphile, il a créé en 2003 le Festival Lumière Blanche qui, une fois par an, diffuse des films sur le vieillissement, les personnes âgées et les relations intergénérationnelles

 

Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Par passion. J’ai découvert la gériatrie lors de mes premières années d’installation comme généraliste en 1982 et l’immense champ que cette spécialité offrait. Bien sûr comme souvent « un vieux grand père » y avait semé des graines.

 

Lorsqu’on parle de la vieillesse, les discussions se concluent souvent par l’injonction "il faut profiter de la vie" qui se traduit généralement par une frénésie consommatrice, aiguillonnée par la peur de vieillir, comme si la vieillesse se réduisait à l’exclusion de la société de consommation et à la maladie. Comment définiriez-vous la vieillesse ? Qu’est-ce qu’être vieux ? 

La vieillesse est une étape de la vie, qui devrait s’inscrire non pas comme une rupture mais dans un parcours de vie. Malheureusement la maladie crée souvent une rupture. 

 

Quand les personnes âgées vous disent « c’est moche de vieillir », que leur répondez-vous ?

Nous savons bien que le vieillissement et la vieillesse sont des données très hétérogènes et qu’il y a plusieurs sortes de vieux. Beaucoup avancent bien dans ce chemin, sans trop de problème ni physique, ni cognitif. Pour d’autres le chemin est effectivement plus difficile. En tant que médecin gériatre c’est bien sûr ceux là que nous nous efforçons de soigner, d’apaiser et d’accompagner. Oui, pour beaucoup  vieillir c’est difficile. A ceux là il faut consacrer du temps et écouter. Beaucoup écouter. Ecouter leurs histoires de vie. Entendre leurs angoisses sur le terme de la vie.     

 

Voir ses parents vieillir déclenche souvent une angoisse quant à son propre devenir et à sa mort qui empêche de les accompagner sereinement. Comment accompagnez-vous les uns et les autres ?

Comme je l’ai dit. Donner la parole. Permettre de mettre des mots.  

 

Quels sont les risques qu’encourt une société qui n’intègre pas les personnes âgées dans son devenir ?

Vivre sans mémoire. Or une société (comme nous) ne peut vivre sans mémoire, sans se souvenir  de ce qu'ont construit ceux qui ont vécu avant nous.  Sans eux nous ne serions pas là. Si on coupe les racines, l’arbre meurt.

 

Que voudriez-vous dire à ceux qui redoutent de vieillir ?

En quelques mots cela est bien difficile. Tout simplement que la vie est faite de toutes ces étapes, et que l’Homme n’est pas immortel. Le vieillissement est physiologique et il est un leurre de nous croire immortel. Et ce n’est pas une société qui glorifie le jeunisme qui va aider les hommes et les femmes à bien vieillir.

 

Que voudriez-vous suggérer pour que la vieillesse ne soit pas un repoussoir ?

Sans ignorer le versant pathologique du vieillissement, montrer une image plus positive de l’avancée en âge. Après, tellement de facteurs viennent construire la vieillesse ( familiaux : isolement ou non, médicaux : handicap ou non, économique,..) que chacun «  fait comme il peut ». 

 

D’après votre expérience, quel est le type de démarche intergénérationnelle le plus enrichissant pour les jeunes et les plus âgés ?

Les échanges intergénérationnels. Les Personnes âgées ont besoin de donner et de transmettre  (leurs « bibliothèques »  sont  pleines de richesses), la transmission est nécessaire pour se construire,  mais elles ont aussi besoin de recevoir des plus jeunes. Comme le dit le slogan de la FNG (Fondation nationale de gérontologie) , "Vieillir c’est grandir ;grandir c’est vieillir".

 

Vous êtes le créateur du festival Lumière Blanche qui tous les ans propose des films autour du vieillissement, des personnes âgées et des relations intergénérationnelles. Comment vous est venue cette idée ? et quel est son but ?

De l’association de mon métier et de ma passion pour le cinéma. Plus précisément après avoir vu un film japonais PROMESSE de YOSHIDA (1986). C’est après avoir vu ce film il y a une quinzaine d’années que j’ai eu envie de montrer des films traitant de ce sujet. Le cinéma est un formidable vecteur pour parler de ce sujet.  

 

Comment réussissez-vous à attirer le public alors que la vieillesse est souvent un sujet tabou ? Quel est le public de ces projections ?

C’est effectivement un sujet difficile, qui d’emblée n’attire pas facilement le public. La première recette est la qualité cinématographique des films car le festival Lumière Blanche se veut avant tout un festival de cinéma.

L’âge du public se situe entre 30 et 70 ans. Difficile pour les plus jeunes (en dehors de séances spéciales pour les lycéens et du public d’étudiants) et les plus âgés  (trop concernés par le sujet)

 

Comment organisez-vous des rencontres intergénérationnelles autour de ces projections ?

Une séance en partenariat avec un lycée et une autre en partenariat avec le SIPAG (Syndicat intercommunal pour les personnes âgées) du canton et des écoles d’infirmières et d’aides soignantes. Mais chaque soir le public est très mélangé.

 

Quel est l’impact de ces films et des débats qui s’ensuivent sur le public ?

Chaque film est suivi d’un débat, qui permet d’échanger autour du film. Le retour est très positif et enrichissant.

 

Quel bilan tirez-vous de ces 4 années de festival ?

Notre bilan est pour nous très positif, d’ailleurs l’expérience est en train de faire beaucoup de petits dans d’autres villes. Malgré tout c’est un énorme travail tout au long de l’année pour organiser une semaine, et cela pour une « petite association » comme la nôtre.

Un cri du cœur, une suggestion, une citation …

Lumière Blanche : donner du sens à la vie et émouvoir, à partir du cinéma.

 

Publié le 18/12/2006