Relations intergénérationnelles et Prix Chronos de littérature jeunesse au collège

 

Le collège Jean Jaurès de Peyrolles en Provence s'intéresse pour la première fois, en 2006, au Prix Chronos de littérature jeunesse grâce à sa documentaliste et à une professeure de français qui ont su motiver des élèves de 4e. Caroline Chavelli est intervenue pour rencontrer les élèves et leur faire part de son expérience.
 

 

 

LE PRIX CHRONOS DE LITTERATURE JEUNESSE

Ce prix est organisé par la Fondation nationale de gérontologie et propose une sélection de livres qui aborde le thème du "Vieillir, c'est grandir ; grandir, c'est vieillir" notamment par le biais des relations intergénérations.

 

LE PROJET

Au printemps 2006, ravie du succès rencontré par le Prix Chronos que j'avais proposé à l'école primaire de Jouques, j'ai  présenté cette démarche à différents établissements scolaires.  La documentaliste du collège de Peyrolles a été très sensible aux sujets abordés par ce prix  et a transmis les informations auprès d'une professeure de français.

Si le Prix Chronos nous concerne tous, à tout âge de la vie, il me semblait particulièrement intéressant de le proposer à des adolescents qui oscillent entre l'enfance et le devenir adulte, l'envie de lâcher les parents et le besoin de trouver d'autres repères pour forger leur identité et se projeter dans le futur.  J'ai donc suggéré à la documentaliste que ces jeunes puissent réaliser une interview d'une personne âgée, qu'elle soit ou non de la famille.

 

LE SITE INTERNET

Cette idée a rencontré l'approbation de la professeure de français qui s'est lancée dans l'aventure et dont l'enthousiasme a conquis les élèves. Débordante d'idées et d'énergie,  elle a conçu et réalisé elle-même un site pour mettre en valeur le travail de ses élèves. C'est ainsi qu'est né Kloekarena.

Le site à lui seul traduit toute la richesse du Prix Chronos et de ses auteurs que sont la professeure, ses élèves et la documentaliste. La recherche du nom du site révèle la volonté de donner un sens à leur démarche :

kloe signifie en grec ancien : herbe naissante,
karena signifie en grec ancien : cîmes des montagnes ou têtes,
arena signifie en latin : sable

et ainsi que l'expliquent leurs auteurs : "Tous ces termes évoquent la jeunesse, la vieillesse, l'expérience, le fait de grandir comme la permanence. Ce sont des mots antiques pour un site qui se veut moderne ! Un double champ lexical qui renvoie aux générations et à l'idée de temps."

Ce media a bien entendu séduit ces jeunes, adeptes des technologies qui peuvent laisser libre cours à leur imagination créative tout en s'investissant dans un projet pédagogique à la fois personnel et collectif.

 

LES QUESTIONNAIRES

Les élèves ont élaboré une série de questions, guidés par la documentaliste et leur professeure, puis les ont classées 9 rubriques :

. enfance
. école
. adolescence
. vie affective
. vie sociale
. philosophie
. retraite
. mort
. génération.

Après avoir élu une personne âgée de leur entourage, les élèves ont choisi deux catégories de questions qui feront l'objet d'interviews et dont les réponses figureront sur le site sous forme de blog.

La richesse et la pertinence de ces questions en dit sur la curiosité des jeunes, l'intérêt des relations intergénérationnelles et le besoin de transmission.

 

 LES LECTURES

Outre les ouvrages sélectionnés par le Prix Chronos, les élèves étudieront également l'Avare de Molière et autres textes relatifs aux thèmes étudiés.

 

MON INTERVENTION

Ce mois de janvier, j'ai eu le plaisir de venir rencontrer les élèves et de leur expliquer pourquoi je me suis intéressée aux relations intergénérationnelles.

Je leur ai tout d'abord raconté mon expérience en soins palliatifs et mon accompagnement aux deux extrémités de la vie. Puis nous avons évoqué de nombreux sujets tels que la mort, la maladie, la vieillesse, le bonheur, le sens de la vie, la richesse de chacun, le désir de vivre et la force de croire en soi et en ses rêves ... vaste programme ! Cet exposé, sous forme de transmission de mon expérience et de mes rencontres, se rattachait aux questionnaires élaborés par les élèves afin qu'il puisse leur suggérer de nouvelles pistes de réflexion ou l'enrichir.
Une heure intense suivie de questions pertinentes de la part des élèves qui ont écouté très concentrés des sujets à la fois délicats, émouvants, essentiels qui concernent chacun. 

Les élèves feront un compte-rendu de cette rencontre. Ce travail, tout comme les questionnaires, s'inscrit dans une pédagogie de l'écoute, de la formulation, de la restitution et de la synthèse que la professeure a tenu à inclure dans ce projet.

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Le projet pédagogique s'étalera jusqu'en juin 2007. Le travail des élèves peut être suivi sur leur site qui est régulièrement mis à jour. 

 

COMPTE-RENDU DE L'INTERVENTION

La professeure de français a demandé aux élèves de rédiger un compte-rendu de mon intervention. Nous avons été très agréablement surprises de contaster à quel point les élèves avaient enregistré mes propos. Alors que je n'avais abordé que des sujets difficiles, lourds de sens, parfois totalement ignorés des élèves tels les soins palliatifs, j'ai été édifiée de retrouver textuellement des anecdotes que j'avais racontées et des expressions que j'avais employées. L'expression "Nous ne sommes pas programmés pour être malheureux" est revenue dans 90% des copies. Ce choix de citation en dit long sur leur appréhension de la vie. De même, les élèves ont tous noté qu'ils avaient des qualités uniques, qu'il leur appartenait de les développer et de se donner les moyens de réaliser leurs rêves, leurs projets, leurs aspirations, etc ...

Au-delà de la qualité d'écoute que démontrent ces compte-rendus, j'ai été impressionnée par la réflexion développée par ces élèves dans la rubrique "Commentaires" de ce travail pédagogique. Ils y ont exprimé leurs préoccupations et leur sensibilité sur des sujets qui, a priori, ne concernent pas "les jeunes" tels qu'ils apparaissent dans les médias. Leurs propos montrent qu'ils sont touchés par tout ce qui a trait à la vie, à la maladie, la mort, et leur besoin de donner du sens à ce qu'ils vivent et à leur avenir.

Ce travail prouve que les adolescents s'interrogent sur les sujets essentiels de la vie et sont avides d'aborder ces questions si rarement évoquées aussi bien en famille qu'à l'école. Il y a là un besoin fondemental à combler ...

Au vu de ce résultat, la professeure et la documentaliste m'ont proposée de suivre leur travail autour du Prix Chronos tout au long du semestre. J'ai donc retrouvé avec grand plaisir les élèves tous les 15 jours.

 

LE TRAVAIL PEDAGOGIQUE (SUITE)

Parmi les travaux demandés, les élèves, équipés d'un ordinateur en salle de CDI (Centre de documentation et d'information), ont du chercher sur Internet un livre, un poème, une chanson, un tableau, une photo,  un film, etc, qui illustrent les thèmes énumérés plus haut. Chaque oeuvre devait faire l'objet d'un commentaire qui justifie son lien avec le Prix chronos et le choix de l'élève.

Cette recherche s'est révélée très pertinente car les élèves ont pu exprimer leur sensibilité. Cette démarche,  assez rare à l'école, a été très appréciée par les adolescents car elle leur offrait l'occasion  de mettre en lumière leur personnalité.

Autre exercice intéressant, celui de lire les interviews des autres. Ces lectures ont été très enrichissantes car l'image que les uns et les autres se font des personnes âgées est souvent réductrice. Ces découvertes ont permis de réévaluer ce qu'est une personne âgée et, encore une fois, de lui donner toute sa dimension physique, sociale, professionnelle, etc sans l'enfermer dans une tranche d'âge puisque ces entretiens retracent la vie entière de la personne. Ces lectures ont été matière à des commentaires écrits.

Enfin, un travail qui a également beaucoup plu aux élèves consistait à choisir parmi les ouvrages étudiés des passages en lien avec les thèmes définis plus haut et de justifier leurs choix. Cette recherche leur a permis d'exprimer leur sensibilité et le thème de la mort, comme celui de la maladie, n'ont pas été l'objet de tabou. Au contraire, les adolescents ont exprimé avec beaucoup de simplicité leurs émotions par rapport à ces événements de la vie.

 

CONCLUSION

La lecture des ouvrages du Prix Chronos et le projet pédagogique mené autour des liens intergénérations se sont avérés très enrichissants. Par le biais des entretiens, les jeunes ont très souvent découvert la vie de leurs grands-parents, avec leurs talents et leurs fragilités, et ils ont pu les situer dans un parcours de vie que la plupart ignoraient. Cet exercice a révélé toute l'importance de la transmission. Il a aussi permis de faire voler en éclats le stéréotype de "la personne âgée".

Ce travail a également montré un réel intérêt des adolescents pour tous les sujets qui touchent à l'essentiel de la vie, leurs questionnements par rapport à leur existence et à ce que leur réserve l'avenir, un besoin de reconnaissance de leur être et de leur sensibilité dans une société où le plus clair de leur temps est consacré à la scolarité et où ils ne sont très souvent considérés que comme des élèves ou "des jeunes" avec tous les a priori que cela suppose.

Enfin, ce projet a démontré l'enrichissement des uns et des autres grâce aux  rencontres entre les générations et la nécessité de pouvoir s'exprimer et d'être écouté. Le besoin de reconnaissance traverse les âges ...

 

 

 

 

                                                                                                   Caroline Chavelli

                                                                  Association "Le Comptoir aux Histoires"

PubliƩ le 24/01/2007