Dossier pour la promotion de l'allaitement maternel dans le Nord

Le Groupe de travail pour la promotion de l'allaitement maternel dans le Nord, créé à l'initiative de Marc Pilliot pédiatre et président de l'ENVOL (Association pour l'Accueil et l'Eveil du Nouveau-né) et  et de la COFAM (Coordination française pour l'Allaitement Maternel), a publié en 2001 un dossier qui analyse l'allaitement maternel en France, en expose les bienfaits et propose des pistes pour son développement.

 

DOSSIER POUR LA PROMOTION DE L'ALLAITEMENT MATERNEL
DANS LE NORD*

* Groupe de travail créé à l'initiative du Dr Pilliot, pédiatre et président de L'ENVOL**. Ce groupe de travail est constitué des principaux acteurs de santé de la région, pouvant être concernés par l'allaitement maternel, à savoir :

- Pr Lequien , Pr Codaccioni , Pr Turck et Dr Dubos du CHRU de Lille
- Pr Vittu et Pr Kremp de la Faculté Libre de Médecine de Lille
- Dr Vérité , médecin inspecteur régional adjoint de la DRASS
- Dr Vittrant , directrice chargée de la famille au Conseil Général du Nord
- Dr Pilliot , pédiatre ; Dr Guérin , gynéco-obstétricien ;
- Mme Chauvière , sage-femme : tous les trois membres de L'ENVOL
- Dr Collinet et Dr Querleu , médecins conseillers de l'Inspection Académique du Nord
- Mmes les directrices des écoles de puériculture et des écoles de sages-femmes de Lille , du CHRU et de la Faculté Libre de Médecine : Mmes Boudringhien , Leduc-Dudenko et Dupond
- Mmes les animatrices ou responsables régionales des associations de soutien aux mères allaitantes : Mme Courdent (LLL France) , Mme Dessery ( Solidarilait-Nord ) , Mme Allender ( Materlait )

 

L'allaitement maternel est largement minoritaire en France : seulement un enfant sur dix est encore nourri au sein à un mois . Plus grave encore , 30% des femmes renoncent à l'allaitement avant même la naissance de leur bébé . Devant de tels chiffres, un groupe de travail sur l'allaitement maternel s'est créé à Lille et a commencé par élaborer ce dossier :

- pour analyser les raisons d'un environnement si défavorable à l'allaitement maternel en France ;

- pour répertorier et décrire les nombreux avantages de l'allaitement au sein pour l'enfant , pour la mère, pour le père, mais aussi pour la société , soulignant ainsi que l'allaitement maternel est un véritable sujet de santé publique ;

- et enfin pour proposer des actions à envisager, dans l'immédiat et à long terme , par les professionnels eux-mêmes , par les enseignants et par les instances politiques .

Ce document a pour ambition de servir de base de travail pour les professionnels de santé, et aussi de base de discussion avec les gens de presse et avec les responsables politiques .

** L'ENVOL , Association pour l'accueil et l'éveil du nouveau-né
40 rue du Docteur Leplat , 59150 WATTRELOS - Tél : 03 20 75 10 49 et Fax : 03 20 83 89 06
Adresse E-mail : association-lenvol@wanadoo.fr

 

* * *

"Le meilleur lait pour le nourrisson est celui de sa mère". La supériorité du lait maternel sur le lait de vache et les substituts industriels est admise par tous. Et pourtant , en dépit de ses multiples avantages , l'allaitement maternel est devenu progressivement un mode d'alimentation minoritaire en France.
Pourquoi ? et comment remédier à un tel état de fait ?


 

1) La France : un retard à rattraper (1,2)

En matière d'allaitement maternel, la France est à la traîne par rapport auxautres pays européens : seulement 48,5% des enfants sont allaités à la naissance contre 98% en Norvège, plus de 90% en Suède, en Suisse et au Danemark, 85% en Allemagne, 70% dans le Royaume-Uni , environ 75% au Luxembourg et en Italie .

En France , seulement un enfant sur 10 est nourri par sa mère pendant plus d'un mois. L'allaitement à 4 mois est maintenu dans plus de 65% des cas en Suède et en Suisse , 34% au Canada , 27% au Royaume-Uni et ........ à peine 5% en France. Par ailleurs , en Mars 1999 , il existait en Europe 152 services ayant le label "Hôpital Ami des Bébés" (3) , label décerné aux établissements favorisant l'allaitement maternel (voir Annexe). A l'heure actuelle, depuis Novembre 2000***, il en existe un seul en France (maternité de Lons-le-Saunier). Dans la région du Nord / Pas-de-Calais , les taux d'allaitement sont parmi les plus bas de France: 42,4% dans le Nord et 27,6% dans le Pas-de-Calais en1998

Et pourtant , en France, environ 75% des femmes aimeraient nourrir leur bébé au sein au minimum pendant quelques semaines. Autrement dit , 30% des femmes désirent allaiter mais finissent par y renoncer (4).

Que s'est-il passé dans notre société, que se passe-t-il dans nos maternités pour qu'il y ait un tel échec dans la réalisation d'un désir si naturel ?
Pourquoi un tel découragement ?

 

2) Un environnement défavorable à l'allaitement en France

a) Des actions internationales mal connues

- En 1981, l'OMS a voté à l'unanimité moins une voix (celle des USA) un Code international de commercialisation des substituts du lait maternel à l'intention des industries concernées et des gouvernements , afin de réglementer la promotion et la vente de tout substitut de lait maternel, mais aussi des tétines et des biberons (voir Annexe) . Les conseils de l'OMS ont été repris par l'Europe en 1991 et par la législation française en 1998 , mais en se limitant seulement à la distribution gratuite des laits 1er âge et à leur promotion . Ces directives ont souvent été mal comprises par les professionnels de santé et de nombreuses infractions au Code sont commises .

- La déclaration d'Innocenti (Août 1990) , déclaration d'engagement de nombreux gouvernements, de l'OMS et de l'UNICEF pour favoriser l'allaitement maternel , n'est pas vraiment appliquée en France .

- Les dix recommandations de l'OMS pour permettre un bon démarrage de l'allaitement maternel et l'initiative "Hôpital Ami des Bébés", promue par l'UNICEF en 1991 pour récompenser les maternités qui remplissent ces dix conditions (voir Annexe) , sont inconnues du grand public et encore très peu connues des professionnels .

- Il existe bien des initiatives locales et des associations de soutien à l'allaitement maternel , mais il n'existe pas de comité national officiel qui pourrait regrouper les énergies vers une même volonté.

 

b) Une forte pression publicitaire pour les aliments de substitution (5)

A titre d'exemple, dans 3 revues françaises consacrées à la petite enfance en 1997, plus de 90% des illustrations concernant l'alimentation infantile parlent de l'alimentation de substitution . Un regard sur les revues de ces derniers mois ne montre aucun changement de tendance . Dans les textes, l'allaitement maternel est toujours le cas insolite, rarement évoqué, et les articles traitant de l'allaitement soulignent plus volontiers les contraintes et présentent souvent des lacunes , voire des contresens comme, par exemple, "donner un biberon la nuit" , "introduire précocément le biberonpour familiariser l'enfant avec la tétine" ... (6)

 

c) Une mauvaise formation des professionnels de santé

- Toutes les études confirment bien que la formation des professionnels sur l'allaitement est très insuffisante (7,8). En effet, les infirmières ne reçoivent pas de formation spécifique et les étudiants en médecine ont seulement une heure de cours en faculté . Les écoles de sages-femmes et de puéricultrices font de gros efforts de formation , mais les stagespratiques sur le terrain ne répondent pas toujours à l'attente souhaitée .

- La littérature pédiatrique française est très pauvre sur l'allaitement maternel en comparaison de ce qui est publié dans les revues internationales (7) : 8 articles en dix ans (1987-1996) dans les Archives Françaises de Pédiatrie , 144 articles en cinq ans (1988-1992) dans les trois plus importantes revues nord-américaines (Journal of Pediatrics , Pediatrics , American Journal of Diseases in Chidren).

- Puisqu'il n'y a pas d'apport théorique et pratique cohérent , la rigueur professionnelle attendue des praticiens est mise en défaut par des fausses idées et des attitudes héritées de leur environnement socioculturel et de leurs expériences personnelles (soit de non-allaitement , soit d'allaitement court ) . Les conseils élémentaires face aux "petits problèmes" quotidiens de l'allaitement sont mal connus (9)

- Pire encore , il existe souvent une véritable indifférence des personnels de santé : dans une étude faite en Seine-Maritime (certes déjà ancienne) (10) , 40% des obstétriciens interrogés pensent que la question de l'allaitement n'intéresse pas les futures mères et 60% pensent que leur rôle dans ce domaine est faible ou nul . Pas surprenant , dans ce cas , que moins de 25% des femmes aient eu l'occasion de parler de l'allaitement avec un obstétricien (11) . Le taux est à peine plus élevé pour les sagesfemmes(11) . Il s'en suit ...

 

d) ...  Une information insuffisante des parents

- La décision d'allaiter devrait appartenir aux parents pleinement informés. Malheureusement , le choix de nourrir au biberon est souvent un choix par défaut : environ la moitié des mères qui nourrissent leur enfant avec du lait artificiel le font par renoncement à l'allaitement au sein , en raison des difficultés rencontrées (12) et à cause de conseils mal adaptés et contradictoires (4).
Le souci légitime de ne pas culpabiliser la mère qui ne veut pas allaiter ne justifie absolument pas la non-information :

Ce ne sont pas les femmes qui choisissent , en toute connaissance de cause , de nourrir leur bébé avec un lait industriel qui se sentent coupables de ne pas allaiter , mais plutôt celles qui auraient bien voulu allaiter et n'ont pas réussi à le faire.

 

e) Un congé post-natal trop court

- De nombreuses mères allaitantes se découragent dès la fin du 1er mois à la perspective de commencer le sevrage en vue de la reprise de leur travail au 3ème mois . Si l'allaitement est parfois difficile le premier mois, c'est au moment où il devient idéal sur le plan relationnel et aussi dans sa réalisation, qu'il faut alors sevrer l'enfant : c'est un grand déchirement pour beaucoup de mères .

- Les pays d'Europe qui ont le plus fort taux d'allaitement sont généralement ceux qui facilitent le plus la vie des parents (13) avec de nombreux équipements collectifs , une grande période de congé post-natal, voire des possibilités de congé parental long , rémunéré et souple ( 6 mois à 1 an au Luxembourg , 1 an en Suède ) . Nous sommes loin de ces conditions-là en France , bien que des mesures aient été prévues pour les modes de garde, lors de la conférence de La Famille en Juin 2000 .

- Dans ces mêmes pays , le taux d'activité féminine reste élevé . Ainsi , d'une part l'allaitement maternel prolongé , et d'autre part de bonnes lois pour faciliter la vie des parents ne gênent pas l'emploi (13, 14).

 

f) Des facteurs culturels souvent défavorables

- Dans nos pays latins, nous sortons d'une période où le concept d'émancipation de la femme donnait à l'allaitement maternel une connotation de servitude et de ringardise , alors que dans les pays nordiques , à la même époque , les mouvements féministes revendiquaient l'amélioration des conditions de l'allaitement pour les femmes qui nourrissent leur enfant .

Depuis la libération sexuelle de ces dernières décennies, notre culture a privilégié le sein érotique, puis le sein esthétique, médiatique, médical , publicitaire ...... en excluant le sein maternel . D'où un discours désobligeant et négatif fait de fausses idées reçues. Or , pour une mère , la décision d'allaiter dépend aussi de l'opinion de son entourage .

- De tels discours, et aussi le souci de perfection de notre société, renforcent l'emergence de nombreuses peurs chez les jeunes mères : peur d'abîmer son corps et ses seins, peur d'être envahie par un bébé trop exigeant , peur d'être "vidée" et dévorée , peur de ne pas y arriver ....... donc peur d'être fragile, voire coupable (15).

C'est dire toute l'importance d'une information éclairée et d'une écoute attentive pour aider ces femmes dans leurs attentes et les aider à cheminer dans leur histoire de femme et de mère .

 

*** En 2006, la France compte désormais 5 hôpitaux "Ami des bébés"

Texte intégral (fichier PDF)Ce dossier, paru dans "Les Archives de Pédiatrie 2001  ; 8 : 865-74" est publié avec l'aimable autorisation du docteur Marc Pilliot.

Publié le 13/06/2006