Décès périnatal :Mon fils, mon cadeau

La maman de Mason nous a écrit ce texte pour faire connaître le deuil périnatal, tabou dans notre société. Afin d'aider les autres parents endeuillés de leur bébé, elle a créé le site  http://anosbebes.free.fr

Je pense que nous avons tous été confrontés un jour au décès de l'un de nos proches, mais lorsque ce décès touche votre propre enfant, le deuil à vivre paraît insurmontable. Car, il n'est pas dans la logique des choses de devoir enterrer ses propres enfants. Face à notre propre incompréhension, se rajoute l'incompréhension de nos proches. Une foule de sentiments nous vient constamment à l'esprit :la colère, la peine, la frustration, l'incompréhension…et ce cercle de sentiments incontrôlés recommence encore et encore sans que l'on ne réussisse à le maîtriser. Voir et comprendre que l'on ne maîtrise plus ni ses sentiments ni sa propre vie devient alors le quotidien. Mais que faire face à un pareil ressentiment ? Notre entourage nous conseille , mais ils nous font plus de mal qu'autre chose, car ne comprennent pas notre malheur. Et là, on comprend, on est seul………. Beaucoup de personnes pensent que le travail de deuil est achevé quand on réussi à parler de la personne disparue avec le sourire, mais comment faire ce travail si nous n'avons pas de souvenirs ?A quoi se rattacher ? L'entourage ne comprend pas, car pour eux ce bébé n'a pas vécu……..Alors on crie, on hurle, si, il a vécu 9 mois dans mon ventre, arrêtez vous me faites terriblement mal !Et un jour, on accepte de leur montrer des photos, première étape très difficile à franchir, mais les gens ne comprennent pas plus Et, le déclic intervient alors, seules des mères ayant perdu un enfant pendant l'accouchement peuvent vous comprendre. Vous réalisez que vous vous êtes trompés ,vous ne vous êtes pas adressé aux bonnes personnes. Une erreur de plus dans le chemin de « la guérison »,mais qu'importe, vous avez au moins compris pourquoi vous ne réussissiez pas à sortir la tête de l'eau. Ce n'est pas pour autant que vous réussissez à être heureux, mais au moins vous savez pourquoi vous êtes toujours malheureux. Ce long travail de deuil ne peut se faire seul, j'ai surestimé mes forces, deuxième erreur. Mais réussir son deuil n'est-il pas justement de faire des erreurs pour comprendre? Les jours passent et se ressemblent, je ne vis plus, je survis……..Plus rien n'a d'importance à part pleurer son enfant. Et puis un jour, sans que vous compreniez pourquoi, vous pleurez un peu moins, la vie reprendrait elle ses droits ? Petit sourire intérieur pour une petite victoire…….Et le lendemain, vous rechutez, et là à nouveau la colère, car vous ne comprenez pas à quoi s'amuse la vie .Alors vous continuez à survivre, jusqu'au jour ou vous avez compris ….. » Quand on se regarde on se désole, quand on se compare on se console ».Vous avez compris que vous vous être trompés de chemin, au lieu de toujours voir ce que vous n'avez plus, vous commencez à voir ce que vous avez, ce que vous avez toujours eu en fait : un mari qui vous aime, la santé et toutes ces petites choses qui faisaient votre bonheur. Vous revivez enfin…….. Avant d'en arriver à ce stade , j'ai personnellement mis un an. Cette année m'est apparue avec du recul comme étant salutaire pour ma vie future. Aujourd'hui, je peux enfin sortir et rire avec ces gens que j'ai fuis pendant tout ce temps. Je réussis enfin à parler de ce sujet si tabou dans notre société :les bébés mort nés. En fin de compte, la société avec « ses lois » n'a pas changé, alors j'ai dû changer. Je ne suis plus la même personne, mais je sais enfin le sens que je veux donner à ma vie. Car, avant, je vivais heureuse et insouciante, croquant la vie à pleine dents ,maintenant je sais ! Je n'étais pas suffisamment armée pour la vie, mon fils, Mason, m'a appris ce qu'était réellement la vie, et pour ce geste d'amour de sa part je n'ai qu'une seule chose à lui dire : MERCI MASON !

Séverine, maman de Mason

PubliƩ le 10/02/2005