Entretien avec Myriam Szejer

Entretien avec Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste

Merci de vous présenter en quelques lignes

Je suis pédopsychiatre et psychanalyste et je travaille à la maternité Antoine Béclère, dans le service du professeur Frydman avec les nouveaux-nés et leurs parents. J'interviens lorque l'équipe obstetricopediatrique décèle une souffrance psychique  chez le bébé ou ses parents et que ceux-ci acceptent leur proposition de me renconter. Je reçois également les demandes de consultations externes. J'ai aussi un cabinet privé et je préside l'association « La cause des bébés ».


Pourquoi avez-vous choisi votre métier ?

J'étais très attirée par la psychanalyse puis grâce à des rencontres, j'ai découvert la psychanalyse d'enfants. J'ai eu la chance de rencontrer Dolto et je me suis donc intéressée aux tout-petits. J'ai aussi eu la chance d'être engagée par le professeur René Frydman , je poursuis mes recherches au sein de son équipe et avec son précieux soutien.


Qu'évoque pour vous le mot accompagnement ?

Les sage-femmes : elles n'ont que ce mot à la bouche ! Ce sont par elles que j'en ai entendu parler. Etant donné mon écoute particulière d'analyste, je ne peux pas considérer mon activité comme de l'accompagnement

Quelle forme l'accompagnement prend-il dans votre démarche professionnelle ?

Je ne fais pas d'accompagnement. En revanche l'accompagnement est très important, que ce soit lors de la grossesse, de l'accouchement, de la naissance de la famille, et par la suite encore.


Qu'est-ce qui vous motive chaque jour pour accomplir votre travail ?

Je suis motivée parce que j'exerce ce métier passionnant, extrêmement intéressant mais aussi difficile. Il faut une grande rigueur, ce qui me plaît, et il faut s'interesser aux gens. On ne peut pas se contenter d'exercer dans son cabinet avec des discours théoriques, en campant sur ses positions intellectuelles. Quand on a une formation médicale, on a également envie de soigner les autres pour qu'ils aillent mieux mais ça n'est pas toujours possible, certains s'y opposent.


Où trouvez-vous des ressources pour écouter les bébés et les parents ?

Dans leur demande, leur souffrance et la curiosité intellectuelle que j'ai pour mon métier, le plaisir de collaborer à leur soulagement.


En tant que professionnelle …, vous devez éprouver le besoin d'être accompagnée, est-ce le cas ?

Je n'éprouve pas le besoin d'être accompagnée mais celui de ne pas me sentir seule . Je préside une association, j'organise des colloques, je donne des conférences, etc, je fais de la musique. J'ai donc de nombreuses activités en dehors de la maternité. Cela m'est indispensable pour avoir de la distance ! Le sport est aussi une bonne solution. Il ne faut pas rester seul dans son cabinet, on étouffe, on colle trop au récit que l'on entend et cela empêche de bien entendre.


Que souhaitez-vous transmettre aux familles que vous rencontrez ?

Je rencontre le bébé, souvent avec sa mère . Je n'ai rien à leur transmettre, ça n'est pas mon rôle. Je les aide à prendre conscience de quelque chose. Très souvent les parents réalisent des choses eux-mêmes en me parlant ou en parlant à leur enfant ou quand je lui parle moi-même.

En revanche, dans mes autres activités (association, conférences, etc), j'ai une position militante et je veux transmettre le respect de l'enfant, la reconnaissance de l'enfant comme sujet désirant et acteur de sa propre vie.


D'après vous qu'est-ce qu'une personne épanouie ?

Une personne qui a respecté ses désirs, qui arrive à savoir ce qu'elle veut vraiment et qui parvient à l'obtenir dans le respect des autres.


Quels sont les moyens pour y parvenir ?

C'est un cocktail : il faut être un peu obstiné, talentueux, créatif, courageux, généreux, attentif aux autres et plein d'autres choses ! Chacun a sa propre névrose, l'important est qu'elle ne soit pas trop inhibitrice.


Qu'est-ce que les parents doivent transmettre à leurs enfants ?

Ils doivent leur donner le désir d'avancer, il ne s'agit pas de transmission à proprement parler. Les parents doivent accompagner leurs enfants avec leurs valeurs et ne pas les empêcher de vivre leur destinée


Devenus grands, que peuvent-ils transmettre à leurs parents ?

Question piège ! … Ils peuvent leur transmettre le sentiment d'avoir bien fait de les mettre au monde.


Un livre, une musique, une citation qui vous inspirent et que vous avez envie de nous suggérer

J'aime beaucoup la musique et tout particulièrement la musique vocale car elle transmet énormément à l'autre. J'aime beaucoup de compositeurs … je citerai Kurt Weill, Ravel, Chostakovitch et Jaques Offenbach . Quant à la lecture, je choisirai « Le château » de Kafka car il montre bien ce qu'est l'enfermement.


Le mot de la fin ?

Je n'ai pas de mot de la fin sinon ça serait la fin ! Je continue à avancer !

PubliƩ le 04/03/2005