Entretien avec Jean-Yves Revault

Jean-Yves Revault est l'auteur d'une pièce de théâtre intitulée « La mère Louise et le père Joseph face à la mort ». Cette pièce est inspirée de son accompagnement en soins palliatifs.

 

ENTRETIEN AVEC JEAN-YVES REVAULT




Merci de vous présenter en quelques lignes

J’ai 60 ans, et je vis à Apremont, un village historique de Vendée où coule une charmante rivière appelée « la Vie ». Chaque année, dans le cadre d’une grande fête médiévale, je joue le rôle de Philippe Chabot de Brion, seigneur des lieux et meilleur ami de François 1er. J’anime également des ateliers d’écriture primitive…



Pourquoi avez-vous choisi ce métier ?

Mes activités actuelles ne correspondent pas vraiment à un métier. Mon activité principale est la Thérapie par l’Ecriture (j’ai créé cette méthode en 1991), méthode de développement personnel présentée dans un de mes livres : « La guérison par l’écriture » aux éditions Jouvence. J’ai également publié un dizaine d’autres ouvrages (dont « l’Accompagnant », toujours chez Jouvence). Enfin, je suis auteur et comédien, pour la pièce « La mère Louise et le père Joseph face à la mort ».



Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux soins palliatifs ?

C’était dans les années 90, et après avoir travaillé vingt ans dans le domaine du marketing, j’avais besoin de donner de moi-même à la société, de vivre des valeurs plus proches de mon idéal de fraternité.



Vous êtes l'auteur d'une pièce de théâtre intitulée « La mère Louise et le père Joseph face à la mort ». Pourquoi avoir choisi le théâtre pour évoquer la fin de vie ?

Ce fut une question de circonstances. L'association JALMALV, Jusqu'à la mort accompagner la vie, qui se consacre à l'accompagnement en soins palliatifs et dont j'ait fait partie, m’a demandé, à l’occasion de ses 20 ans, si j’avais une idée de création. C'est ainsi qu'avec ma compagne nous avons écrit cette pièce de théâtre. Puis nous nous sommes faits aider pour la mise en scène.



Qu'est-ce qui vous a inspiré pour écrire le texte de cette pièce ?

Outre la demande que je viens de mentionner, il se trouve que j’ai beaucoup côtoyé la mort, pas seulement comme accompagnant, mais aussi à titre personnel, notamment lors de mon voyage à pied en 1998 depuis le Puy en Velay jusqu’à Jérusalem. Alors, pour écrire cette pièce, je me suis inspiré, entre autres sources, de ce que j’avais ressenti à l’époque, quand j’étais descendu au fond de moi-même et de mes peurs, y compris celle de mourir, (tout ceci est consigné dans mon livre « La route du cœur »).




La fin de vie et la mort sont des sujets délicats et intimes et sont donc plus faciles à approcher par la lecture. Aborder ces thèmes au théâtre n'est-il pas une gageure ? Qu'est-ce qui vous a motivé ?

Le théâtre, sous des formes diverses, a souvent abordé le thème de la mort. La mort si j’ose dire fait partie de la vie. Elle ne lui est pas opposée. Alors pourquoi ne pas en parler ? C’est même un sujet essentiel, que malheureusement nos sociétés « de progrès » préfèrent occulter. Alors que la confrontation avec la mort est une opportunité magnifique pour grandir, pour s’approfondir, pour devenir encore plus « humain ».



Qui sont les comédiens ?

Nous sommes donc deux, ma compagne et moi-même. Nadine Métivier est d’abord chanteuse. Elle se produit régulièrement dans les maisons de retraite, avec plusieurs spectacles, tous basés sur les chansons du début du siècle dernier. Elle a également sorti un CD intimiste sous le nom de Didi Hugo intitulé « L’envol du papillon » (une de ses chansons passe d’ailleurs pendant la pièce).



Que souhaitez-vous transmettre avec votre pièce ?

Bien qu’au départ nous n’ayons pas eu d’objectif de cette nature, il est certain que cette pièce cherche à sensibiliser à la fragilité et à l’intensité de ce moment qu’est une fin de vie. Mais aussi à sa beauté possible. Je sais que le terme peut choquer, mais il se trouve qu’en fin de vie se joue (pour la personne qui va mourir mais aussi pour son entourage) quelque chose de vrai, d’authentique. Il n’y a plus de place pour les fards et la tricherie. Il ne reste plus que l’essentiel, donc la beauté…



Quel est le public de ce spectacle et quelles sont les structures qui l'accueillent ?

Ce spectacle nous est surtout commandé par des associations d’accompagnement, qui souhaite faire connaître leur activité. Le public se compose donc de professionnels de la santé bien sûr, mais aussi de tout un chacun, car la fin de vie d’un proche peut nous toucher à tout instant. Nous avons également une relation suivie avec les Pompes Funèbres, qui font un remarquable travail pour réhabiliter la mort dans nos sociétés.



A l'issue de la représentation, vous proposez un débat avec le public. Quelles sont ses réactions ?

D’une manière générale il y a deux types de réactions : tout d’abord des questions ou des réflexions par rapport à la pièce, à des émotions ou des souvenirs qu’elle a pu susciter chez les personnes, lesquelles ont envie de partager cela ; puis ensuite vient le temps de l’information : le rôle exact des bénévoles, comment s’organisent les soins palliatifs dans la région, etc…



Quelles leçons tirez-vous de cette expérience ?

Cette pièce donne lieu à des rencontres humaines très riches, et à travers celles-ci, bien des leçons (sur l’humilité, la complexité humaine, notre fraternité de base face aux grands évènements que sont la mort et l’amour) nous sont données et nous enrichissent.



Un cri du cœur, une suggestion, une citation …

Vivre seul est difficile ; mourir seul est terrible. Accompagnons-nous les uns les autres. Nous ferons du bien, et… nous nous ferons du bien.



Blog de l'auteur
http://ecrire-pour-se-guerir.over-blog.fr/10-index.html



 

Publié le 16/10/2008