Un regard écologique sur la mort

Un regard écologique sur la mort s'inscrit dans une démarche qui donne sens à la vie. Par ce choix, la personne qui disparaît entérine une éthique qui l'a souvent accompagnée de son vivant et qu'elle transmet à ses proches.

 

La mort et les funérailles sont des perspectives douloureures qui expliquent que la personne en fin de vie et les proches préfèrent, la plupart du temps, éviter d'évoquer ces sujets. Cependant les mentalités évoluent et nombreux sont ceux qui expriment leurs choix à leur famille avant même d'être concernés par la maladie ou un accident. Certains déclarent vouloir faire un don d'organes, d'autres optent pour la crémation.

Le site Mes courses pour la planète propose un tour d'horizon des nouvelles pratiques funéraires en France comme à l'étranger. Nous reproduisons ici des extraits de l'article "Adieu", de la rubrique "Trucs verts", publié sur ce site.


 

LE CERCUEIL

540 000 décès par an dans l’hexagone, au rythme d’un mètre cube de bois pour six cercueils : le marché français du cercueil utilise donc chaque année près de 100000 stères de chêne, pin ou frêne (la plupart du temps issus de forêts françaises ou européennes) mais aussi d’acajou et autres bois exotiques importés de l’autre bout du monde… pour finir enterrés ou consumés dans l’hexagone.

La législation française impose que les cercueils soient fabriqués à partir de matériaux biodégradables et qu’ils répondent à des caractéristiques d’étanchéité déterminant l’épaisseur des planches au millimètre près. Mais si le bois est évidemment naturel et biodégradable, il n’en va pas de même pour les autres éléments du cercueil : vernis, capiton intérieur et ornements par exemple.  Tout cela, pour un produit qui ne « sert » en réalité que quelques jours.


Du coup, des alternatives émergent : ainsi, un cercueil écologique a été lancé en France par Thierry Domenget, fabricant de cercueils biodégradables à Tours, qui propose depuis 2006 un cercueil en carton alvéolaire qui est aussi moins cher qu’un cercueil traditionnel (300 euros contre 500 euros en moyenne). Succès mitigé en France, où le montant investi dans les funérailles est encore vécu comme un signe extérieur de l'affection portée au défunt, mais bonnes ventes en Grande-Bretagne où les funérailles écologiques ont le vent en poupe.

En Belgique, une petite entreprise à but non lucratif, Arteus Europa, propose depuis 2005 des cercueils et urnes écologiques, mais aussi des sarcophages tout en rondeur et en couleur.  Au Canada, trois jeunes femmes ont créé l’entreprise de cercueils Le Versant qui propose des cercueils en bois récupéré, sans clous ni vis, aménagés avec du tissu végétal, des teintures écologiques et une finition à la cire d’abeille.

En Grande-Bretagne, l’entreprise Ecopod, créée par une militante de l’accouchement naturel qui s’est intéressée à la fin de vie, propose également des sarcophages légers et conçus pour être biodégradables. En Allemagne, Uono propose un produit similaire à base de toile de jute non traitée et de résine naturelle.

Enfin, signe que l’idée fait son chemin partout dans le monde, un projet de cercueil "vert" a été lancé en Afrique du Sud par une organisation écologiste, le Working Water Program (WWP), avec le soutien du gouvernement : les cercueils seront fabriqués, à des prix dix fois inférieurs aux modèles traditionnels, à partir du bois provenant d’arbres abattus pour préserver la pureté des mares et des rivières.




LE CIMETIERE

Du fait de la pression foncière, les grandes villes ont tendance à supprimer les concessions à perpétuité dans les cimetières par manque de place, et comme la crémation a une empreinte écologique non négligeable, par la consommation de bois ou de ressources fossiles qu'elle engendre, et à cause de la pollution par les émissions, des alternatives au cimetière traditionnel voient timidement le jour.

En Grande-Bretagne, les "Woodlands-Burials" proposent de remplacer la pierre tombale par un arbre planté lors de la cérémonie, et le bois du cercueil par des matériaux alternatifs biodégradables comme le carton recyclé ou le bambou. Outre-Manche, où les funérailles vertes ont le vent en poupe depuis 1993, on compterait désormais 200 cimetières écologiques…

Au Canada aussi, cette approche est promue depuis 2006 par the Center for Natural Burial, une coopérative qui veut développer les cimetières verts et propose du coup une approche globale des funérailles écologiques. Ces cimetières d’un nouveau genre sont des forêts parsemées de clairières : les arbres ne portent qu'un écriteau très simple mentionnant le nom de la personne, de manière à donner à ces forêts l'aspect le plus naturel possible, et l’ensemble est géré comme une réserve naturelle ouverte à tous, rendant plus bucoliques les traditionnelles visites familiales du dimanche au cimetière.

Autre intérêt environnemental de cette approche : elle évite la classique dalle de marbre, autrefois originaire de Bretagne ou des Vosges, et désormais importée de Chine ou d’Inde. Les partisans de ce que certains appellent déjà le "Green Goodbye" (adieu vert) cherchent par cette pratique à limiter leur impact sur la pollution atmosphérique, et y trouvent une option aussi écologique, simple et originale qu’économique, puisque ce type d'enterrement coûte moins du quart d'une cérémonie classique.

L’idée a d’ores et déjà fait son chemin en France : il existe déjà à Pruillé, au sud d'Angers, un parc funéraire où les pierres tombales sont remplacées par des « arbres de mémoire », au pied desquels des urnes biodégradables sont enterrées. L’inventeur du concept, Joël Freuchet, projette d'ouvrir vingt parcs funéraires en France, mais ses projets risquent de se voir contrarier par la loi : les députés devraient se pencher avant fin 2006 sur un texte adopté au Sénat en juin, interdisant de conserver une urne cinéraire en dehors d'un cimetière ou d'un lieu contigu à un crématorium. Plus exotique, si le disparu était particulièrement attaché aux océans : une entreprise américaine propose d’utiliser les cendres de crémation pour construire un récif de corail artificiel (http://www.eternalreefs.com/).



LES FLEURS

Entre les exploitations intensives à l’autre bout du monde (le Kenya est le premier fournisseur de roses en Europe avec 37% du marché) où des ouvriers mal protégés font pousser avec force pesticides des fleurs ensuite transportées par avion, et les serres hollandaises chauffées et éclairées 24 heures sur 24, point de salut écologique dans les fleurs importées !

Préférez donc des fleurs de production locale, des fleurs champêtres, de la verdure ou mieux encore : des fleurs ou plantes en pots, qui pourront fleurir la tombe pendant quelques temps. Autre option : une société spécialisée de vente en ligne, www.rosavenir.com, s’est lancée en 2005 pour proposer les premières roses équitables de France…


Autre alternative responsable : si le défunt était particulièrement attaché à une cause, ou à une ONG particulière, la famille peut demander qu’au lieu de faire parvenir des fleurs à l’enterrement, ceux qui veulent rendre un hommage au disparu fassent un don à la cause ou à l’association en question.

En Angleterre, les Amis de la Terre proposent même un programme « Tribute Fund » permettant de rendre hommage dans la durée à un défunt qui se souciait de cette Terre : les donateurs au fonds sont remerciés et recensés au fil du temps, de l’information est adressée régulièrement à la famille sur l’utilisation des sommes versées, et un mini-site web dédié sera même bientôt proposé… Si cette approche vous tente, contactez l’association qui vous paraît la mieux appropriée et voyez avec eux quelles sont les formules possibles pour lui verser de l’argent en hommage à votre proche disparu, et s’il est possible de garder trace de ces sommes et de leur utilisation.

 

Pour en savoir plus

Cet article est publié avec l'aimable autorisation d'Elisabeth Laville, responsable du site.

Publié le 25/05/2009