De la danse dans les services de gériatrie et de soins palliatifs

La compagnie ACM Ballet introduit la danse dans les services de gériatrie et de soins palliatifs, diffusant dans les chambres légèreté, poésie, grâce et beauté.

 

Cet article est publié avec l'aimable autorisation de la Fondation Apicil.

 

La Fondation APICIL s’engage au coté de ceux qui oeuvrent pour soulager la douleur et la souffrance. Elle soutient, accompagne, agit aux cotés des organismes publics ou privés du monde médical et des associations, pour que les pratiques évoluent et que la douleur soit atténuée.

La Fondation APICIL soutient depuis 2009 le partenariat entre la compagnie ACM Ballet et l’hôpital Paul Brousse de Villejuif. La présence de quatre danseurs professionnels dans les services de soins palliatifs et de gériatrie amène humanité et gaité dans les couloirs et les lieux de vie, mais aussi jusque dans les chambres des personnes les plus affaiblies. Mise en place en étroite collaboration avec les médecins, cette démarche inédite offre des instants de plaisir autour de la danse, qui font oublier aux patients, aux proches et aux soignants, le cadre de l’hôpital et les circonstances douloureuses de la maladie.

 

DE LA DANSE POUR LES PATIENTS

MAIS AUSSI POUR LES PROCHES ET LES SOIGNANTS

Les danseurs investissent les services sur des journées complètes (9h30-16h30), proposant des chorégraphies de chambre en chambre, de couloir en lieux de vie, à la rencontre de chacun. Même au chevet (proposé aux patients les plus dépendants ou en état de souffrance, aux personnes les plus affaiblies), les interventions se présentent comme un mini-spectacle, avec plusieurs pièces et des changements de costumes. Les artistes, accompagnés par un référent de l’équipe soignante, proposent la prestation et l’adaptent à la personne. Ils sont à l’écoute de ses désirs, de ses réactions, du bien-être exprimé ou du désir de voir la représentation s’interrompre. Ils amènent un univers nouveau dont bénéficient patients et personnel. Leur professionnalisme et l’expérience qu’ils ont acquise leur permettent de côtoyer soins et visites des médecins et de s’intégrer à la vie des unités sans les déranger.

Étonner, émerveiller, partager des émotions, créer et recréer des liens entre les différents acteurs de la communauté hospitalière, amener un courant d’air frais qui chamboule le quotidien, en collaboration avec le personnel soignant. Apporter aussi des moments de plaisir au personnel hospitalier et en cela favoriser une plus grande écoute envers les patients.

Au delà des patients, c’est l’ensemble de la communauté hospitalière qui bénéficie des interventions.
Les aidants et familles, souvent épuisés par la maladie, peuvent ainsi de retrouver leurs proches autrement que dans les soins, les regrets, la douleur.
Les soignants découvrent une part inexplorée des patients, ce qui les amène à porter sur eux un nouveau regard, et entraîne une autre façon de s’occuper d’eux.

L’action contribue aussi à montrer que la gériatrie n’est pas un parent pauvre parmi les spécialités médicales. Que les services voient se développer des démarches innovantes et dynamiques, qu’on n’est pas juste en train de s’occuper des patients comme on le ferait d’objets, qu’il y a une prise en charge des personnes dans leur individualité.

 

UNE APPROCHE DE LA DOULEUR 

Sans être nécessairement hospitalisés au sein d’unités de soins palliatifs, la plupart des patients dans les services gériatriques sont dans des états de souffrance qui nécessitent une prise en charge de la douleur. Cette souffrance peut être physique ou psychique, en liaison avec la maladie ou la fin de vie (angoisse, perte d’espoir, détresse de voir un état physique qui se dégrade). Le passage des danseurs au chevet et dans les unités leur permet d’oublier momentanément leur souffrance, et de profiter, malgré elle, d’instants de plaisir. Les mémoires sensorielles et émotionnelles sont activées, le mouvement stimulé.

Il s’agit d’une approche complémentaire aux soins, faite par des artistes professionnels n’appartenant pas à l’hôpital, et qui se produisent auprès des patients comme ils se produisent dans les salles de spectacle. Ils ne sont pas là dans un but thérapeutique, mais dans une démarche artistique. Avec la même préparation, le même professionnalisme, le même sérieux. Ils apportent vie, gaité, humour, fantaisie, couleurs, là où l’on parle plutôt de soins et de fin de vie.

La danse, un art évocateur pour tous, indépendamment de considérations sociales, culturelles, ou de générations. Un art qui « parle » aussi bien aux patients atteints de dégénérescences liées à l’âge (maladie d’Alzheimer et démences apparentées), avec lesquels la communication quotidienne devient souvent difficile, qu’à ceux qui sont physiquement touchés. L’expérience des artistes et le travail de répétition en amont, leur permet de s’adapter aux lieux et aux personnes.

 

L'HISTOIRE DE LA DEMARCHE

Compagnie professionnelle de danse, la compagnie Alouette/ACM Ballet a eu l’opportunité en août 2005, de travailler dans l’auditorium d’un hôpital gériatrique. Les danseurs d’ACM Ballet ont assuré des répétitions quasi-quotidiennes et le public (personnes âgées, visiteurs, personnel hospitalier) venait y assister. L’intérêt porté par les patients et le personnel à ces séances, ont donné lieu à une série de représentations dans différents établissements de la région parisienne.

Ces expériences ont donné envie aux danseurs de développer un travail dans le cadre de l’hôpital gériatrique et elles leur ont fait prendre conscience des contraintes liées à ce contexte. D’où l’élaboration d’un projet inédit d’interventions jusqu’au chevet, tenant compte à la fois du besoin de toucher des patients très atteints, et de la charge de travail importante au sein des unités qui impose de ne pas ajouter de perturbations.

Loin de l’aspect anecdotique d’un spectacle, le travail d’ACM Ballet dans les hôpitaux se développe dans le cadre de partenariats à long terme, essentiellement en Ile de France, mais pas seulement. Le partenariat entre l’hôpital Paul Brousse (AP-HP, Villejuif) et ACM Ballet (soutenu par la Fondation APICIL depuis 2009) est en place depuis janvier 2006. Quelques journées test au démarrage ont permis de présenter le travail aux équipes, et d’installer des relations de confiance, avant la mise en place de conventions annuelles d’interventions régulières.

 

TEMOIGNAGES

 « De la part des soignants, les retours sont très positifs. Ils savent ne pas être les premiers destinataires du projet, pourtant c’est pour eux une bouffée d’oxygène, un univers nouveau qui s’installe en douceur dans le service lorsque les danseurs sont présents. Une unité de soins palliatifs est bien entendu une unité où l’on meurt, mais aussi un lieu où jusqu’au bout, il y a la vie. L’intervention d’artistes est un élément de cette vie. […] Noter le rôle des équipes, qui guident les danseurs vers les personnes les plus appropriées, encore que parfois il y ait des surprises : certains à qui nous n’avions pas pensé font un signe pour qu’on ne les oublie pas. »

« Les équipes, curieuses au départ, ont constaté l’impact sur les patients, un impact qui favorise la communication et améliore la relation soignant–soigné dans le travail. Des échanges se développent autour de la danse et de la musique notamment autour du toucher. Les soignants découvrent les patients avec de la sensibilité, de l’émotion, et du coup les considèrent avec un autre regard. Les soins restent les soins, mais un regard différent sur les patients entraîne une façon différente de s’occuper d’eux. »

« Le projet vient rompre le rythme des soins, il apporte surprise et air frais qui contribuent à détourner le  patients de sensations, qui peuvent devenir envahissantes, en relation avec la maladie, la douleur, les soins, l’environnement, la fin de vie. »

« L’importance de cette action ? Elle se voit dans le regard des patients, qui sont transformés. Nous avons du mal à reconnaître certains d’entre eux. Des gens vont avoir un éclair dans le regard ou un sourire que nous n’avions pas vu depuis longtemps, même s’ils nous sourient aussi. »

 

Cie Alouette/ACM Ballet
acm.ballet@free.fr
Tél : 06 19 54 02 88

Publié le 03/06/2010