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Marion Andrieux présente son mémoire intitulé "Unités kangourou : évaluation de l'unité kangourou de l'hôpital Mère-Enfant de Nantes", réalisé dans le cadre de son diplôme d'Etat de sage-femme.
1 Contexte
1.1 Historique de l’unité Kangourou
1.1.1 Origine colombienne du concept
Le programme mère-kangourou a débuté en 1979, sur l’initiative de deux pédiatres colombiens, Edgar Rey et Hector Martinez Gomez, dans leur maternité de l’hôpital San Juan de Dios à Bogota. Leur objectif était de faire face aux difficultés financières entre autres et donc aux difficultés de fonctionnement de leurs unités pédiatriques [6;13]. Ils ont eu l’idée de s’inspirer des kangourous chez qui la mère joue le rôle de couveuse pour son petit jusqu’à ce qu’il soit mature et autonome, proposant alors aux mères colombiennes de porter leur nouveau-né prématuré en « peau à peau », 24h sur 24 (le père pourra évidemment prendre le relais dans la journée), tout en l’allaitant à la demande, jusqu’à ce que celui-ci ait pris suffisamment de poids. Ceci avait pour but de pallier le manque important de matériel, notamment d’incubateurs. Le programme Kangourou incluait le suivi médical et psychologique des enfants et des familles, même après le retour au domicile.
Le concept de « mère-kangourou » est alors né, et il sera repris et adapté dans le monde entier, notamment dans les pays industrialisés, où le but premier n’est alors plus de remplacer du matériel manquant, mais de faciliter le maintien du lien entre les parents et leur enfant prématuré ou affaibli, lien souvent difficile à instaurer lorsque l’enfant est transféré dans une unité de néonatalogie juste après la naissance.
1.1.2 Adaptation du concept en France
C’est à Clamart, à l’hôpital Antoine Béclère, qu’est née la première unité Kangourou française, au mois de mai 1987. Et c’est la pédiatre Michèle Vial qui en est à l’origine ; elle insiste sur l’intérêt distinct de la méthode dans les pays en développement et industrialisés. Dans les seconds, il reste d’ordre essentiellement psychologique et affectif.
Il est ici important de préciser une chose qui représente, aujourd’hui encore, une source de confusion : « méthode » Kangourou et « unité » Kangourou n’ont pas la même signification.
La méthode Kangourou se définit comme étant un portage du nouveau-né peau à peau contre la poitrine de sa mère (ou un autre membre de la famille), 24h sur 24.
L’unité Kangourou, appelée « unité mère-enfant » dans les textes réglementaires [29], est une adaptation de la méthode Kangourou : elle est une unité de néonatalogie à part entière (même équipement, même personnel), intégrée au service de suites de couches. Sa particularité vient du fait que la couveuse de l’enfant est installée dans la chambre de sa mère, et que les soins de l’enfant y sont également réalisés. Les soignants se déplacent vers la mère, et non l’inverse. Cette unité a pour intérêt majeur de préserver la dyade mère-enfant, de maintenir l’enfant à sa place physiologique, c’est-à-dire près de sa mère, tout en assurant une sécurité médicale. La méthode Kangourou peut, bien sûr, être proposée au sein de ces unités : dans les pays industrialisés, du fait des différences culturelles quant au concept du corps par rapport à certains pays en développement, elle est réduite à quelques heures par jour.
1.1.3 Importance du maintien du lien mère-enfant après l’accouchement
Donald W. Winnicott, pédiatre et psychanalyste anglais, a beaucoup contribué à cette prise de conscience de l’importance du respect du couple mère-nourrisson. Trois notions qu’il a développées sont fondamentales [17] :
Tout d’abord celle de « préoccupation maternelle primaire », qui fait référence à la « mère ordinaire normalement dévouée » (ordinary devoted mother). C’est « un état psychiatrique » spécifique qui se développe graduellement pour atteindre un degré de sensibilité accrue à la fin de la grossesse et qui dure quelques semaines après l’accouchement. La mère se trouve alors dans un état d’hypersensibilité, « (…) elle fait preuve d’une étonnante capacité d’identification à son bébé, ce qui lui permet de répondre à ses besoins fondamentaux (…) ». Elle est exclusivement préoccupée par son enfant.
Les deux notions suivantes apparaissent dans la façon de communiquer entre la mère et l’enfant d’après Winnicott. En effet, ce dernier insiste sur la façon de porter son bébé (=holding) et celle de le manier (=handling), qui sont les deux composantes essentielles de la communication. Il ajoute à cela que la mère communique avec son enfant par sa respiration, les battements de son cœur et enfin par son adaptation à l’évolution progressive de ses besoins. Une rupture dans ce domaine correspond, pour lui, à des troubles somatiques.
« Un bon holding et un bon handling facilitent le processus de maturation alors qu’un mauvais holding provoque des interruptions répétées de ces même processus, en raison des réactions du bébé aux défaillances de l’adaptation. »
Ainsi, on comprend bien qu’une mère séparée de son enfant hospitalisé dans une unité « classique » de néonatalogie, n’est pas en mesure de fournir à son enfant cet « environnement facilitant », si nécessaire au développement psycho-affectif des deux intéressés. C’est la raison pour laquelle la société reconnaît aujourd’hui l’intérêt majeur des unités Kangourou ou « mère-enfant », et que leur développement est encouragé. Nous verrons même par la suite que les autorités gouvernementales reconnaissent l’importance de ces structures.
Notons enfin que d’après Winnicott, « c’est la compétence des sages-femmes, fondée sur la connaissance scientifique des phénomènes physiologiques, qui donne confiance à leurs patientes. »
Même si la sage-femme, en Angleterre, et à l’époque de Winnicot, n’a pas exactement le même rôle que la sage-femme en France, cette réflexion est tout à fait essentielle. La sage-femme se doit de comprendre ses patientes en tant qu’êtres humains. Elle doit tenir son rôle médical tout en en donnant confiance au couple mère-nourrisson qu’elle prend en charge, en n’interférant pas dans leur relation. Ce sont justement les capacités exigées chez les soignants au sein des unités Kangourou…
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